Birmanie : les Rohingyas continuent d’être victimes

Les phénomènes de migrations internationales sont en constantes évolutions et sont de plus en plus fréquents partout dans le monde. Ces migrations occupent une partie importante des enjeux actuels et découlent d’une multitude de motifs (Fournier, 2010). Dans le texte suivant, nous étudierons la situation des Rohingyas, un des peuples considéré comme les plus persécutés au monde selon l’ONU (Laoubi, 2017), qui sont la cible de campagnes haineuses et sont privés de droits élémentaires les poussants souvent à quitter la Birmanie.
Nous tenterons donc d’éclaircir l’historique de cette crise, d’exemplifier l’état de la situation ainsi que de faire le point sur ce que vivent les Rohingyas au quotidien.
Je commencerai donc par un aperçu de la géographie des lieux du conflit. Je poursuivrai en vous présentant des indicateurs statistiques qui nous permettront de mieux comprendre la réalité des Rohingyas. Ensuite, je traiterai de l’historique et des acteurs politiques internes de la crise et pour finir, je présenterai une analyse géopolitique des lieux.
Développement

Géographie

La Birmanie, de son nom officiel l’union de Myanmar (Egreteau, 2018), est un pays de la partie continentale de l’Asie du Sud-Est. Elle est représentée en brun sur la carte suivante.

World Convention (2013)
Il s’agit d’un pays riche en ressources naturelles et son économie est basée principalement sur l’agriculture. La Birmanie est bordée par le Golfe du Bengale à l’Ouest et la mer d’Andaman au Sud-Ouest. Ses pays limitrophes sont le Bangladesh, la Thaïlande, le Laos, l’Inde et la Chine (Asie Planète, 2018).
Ce pays est montagneux au Nord, tandis que le bassin fertile d’Irrawaddy, qui était autrefois une forêt, occupe majoritairement son territoire d’une superficie total de 657 540 km2 . La Birmanie a un régime de mousson à trois saisons soit la saison des pluies, où les précipitations peuvent atteindre jusqu’à 500 cm, l’été, avec des températures de près de 500C et des niveaux d’humidité avoisinant 100% dans le nord du pays, et finalement l’hiver, avec des températures allant rarement sous les 150C. (Kindersley, 1997).

Fleuves du monde (2018)
Statistiques
La Birmanie est un pays de 54M d’habitants avec une densité de 79.60/km2(World Population, 2018). Cette densité est inférieure à la moyenne régionale qui se situe à plus de 120/km2. Une différence marquée est également présente avec le Bangladesh où le ratio est de 1045/ km2. Cette nette infériorité est due principalement à la faible population dans 7 États majoritairement composés de minorités ethniques. La plus forte densité de population se trouve dans la partie inférieure du couloir fluvial central comme nous pouvons le constater sur la carte suivante. (Le Cartographe, 2018)

(Le Cartographe, 2018)

Étudions maintenant l’Indice de développement humain (IDH) de ce pays. L’IDH mesure la qualité de vie de la moyenne de la population en tenant compte de trois facteurs décisifs (Longévité, scolarisation et le standard de vie). L’IDH de la Birmanie en 2017 était de 0.58, soit inférieur à ceux de la Thaïlande, du Laos et du Viet Nam. Toutefois, il avait le plus grand taux d’augmentation avec 61% depuis 1990. (Guay, 2017)

(Guay, 2017)

La Birmanie a connu un processus de transition démographique au cours des 50 dernières années en raison des différentes politiques de naissances du gouvernement. Auparavant, il s’agissait d’une politique pro-nataliste, tandis que plus récemment, la tendance est davantage à la limitation des naissances. Cela se reflète avec l’indice de fécondité qui est passé de 6 enfants en 1970 à 2 enfants en 2013. (F. May, 2014)

(F. May, 2014)

Les taux de mortalités infantiles ont nettement diminué dans les dernières décennies. En comparatif, il était de 116 décès pour 1000 naissances vivantes en 1970 et de 49 en 2013. Également, l’espérance de vie a augmenté de 14 ans de 1970 à 2013. Malgré l’amélioration, la Birmanie demeure basse au classement en comparaison à d’autres pays de l’Asie du Sud-Est. Toutefois, « le niveau de remplacement de la fécondité au Myanmar offre un certain espoir pour l’avenir, ce qui est différent des pays politiquement moins stables dont la population jeune ne cesse de croître». (F. May, 2014)
Le taux de GINI du Myanmar nous montre que sa richesse est répartie dans la population de manière plus égale que d’autres pays comparatifs. (Dunnink, 2017)

(Dunnink, 2017)

Ces statistiques sont très intéressantes afin d’avoir un meilleur aperçu du pays. Toutefois, il faut demeurer prudent puisque les estimations officielles nationales ne tiennent pas compte de l’émigration internationale en période actuelle de conflit.

Historique et acteurs politiques internes de la crise
Abordons maintenant plus en détail la situation des Rohingyas en Birmanie. Historiquement, le premier Empire birman fut fondé au XIe siècle par les Môns. Au XIIIe siècle, c’est l’armée de la Mongolie qui prit le pouvoir et il fut repris ensuite par les Shans puis les Môns respectivement. Le XIXe siècle a quant à lui été le théâtre de la conquête par les Britanniques d’une partie de ce territoire. Ce n’est qu’en 1886 que l’ensemble du territoire fut annexé comme province de l’empire des Indes. C’est durant l’emprise Britannique que l’origine du conflit des Rohingyas se développa.
Les Britanniques relocalisèrent plusieurs populations dont des milliers de Bengalis dans la région d’Arakan. À l’origine, cet état était majoritairement bouddhiste et l’arrivée massive des Bengalis musulmans fut perçu mal par la population déjà en place. L’idée que les Bengalis étaient des étrangers demeure encore aujourd’hui une perception partagée. (Ulaval, 2017) Malgré une certaine discorde entre les deux ethnies, ils vivaient côte à côte sans conflit majeur. La Birmanie devient indépendante en 1948 et la région d’Arakan changea de nom pour Rakhine. Les différentes minorités ethniques détenaient tous les mêmes droits jusqu’en 1962 où l’armée s’empara du pouvoir. Les dirigeants provenaient tous de la majorité Birmane bouddhiste et commencèrent alors à priver certaines ethnies de droits élémentaires.
En 1982, la dictature en place retira la citoyenneté Birmane au Rohingyas et commença à les expulser vers les pays voisins. Les dirigeants soutiennent que les Rohingyas sont arrivés au moment de la colonisation britannique et qu’ils sont des émigrés illégaux du Bangladesh. Les nations unies soutiennent que plus de 700 000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh dans des camps de réfugiés depuis les persécutions. (Radio-Canada, 2018)

(Aljazeera, 2017)

Actuellement, ils sont incapables de voyager sans autorisation, ni de travailler hors de leur village, ni de se marier sans l’autorisation. Ils n’ont pas non plus accès à de la nourriture en quantité suffisante, aux soins de santé, à l’éducation et n’ont pas le droit de vote depuis 2015 selon un rapport de la Commission Européenne. (Commission Européenne, 2018)
Depuis l’attaque de postes frontaliers par l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan, une recrudescence de la violence a lieu. Des villages en entiers sont brulés et les Rohingyas qui ne quittent pas leur village sont exécutés.
L’exode, mesurée en moyenne hebdomadaire, des Rohingyas est la plus élevé depuis le génocide au Rwanda.

(Economist, 2017)

Nous pouvons donc constater plusieurs acteurs internes dans cette crise. Tel que mentionné, il y a les dirigeants Birmans bouddhistes et l’armée birmane, les Rohingyas musulmans, les 135 autres minorités ethniques qui subissent des répressions mais à moins grande ampleur que les Rohingyas, les rebelles Rohingyas (Arakan Rohingya Salvation Army) et Aung San Suu Kyi (une leader d’un parti politique). (Trt World, 2017)
Géopolitique et acteurs externes

Un acteur principal externe mentionné précédemment est le Bangladesh, un pays voisin de la Birmanie qui accueille les réfugiés Rohingyas. Outre le Bangladesh, plusieurs autres pays représentés sur la carte suivante sont des lieux de refuge pour cette ethnie.

(Aljazeera, 2017)
Également, l’ONU joue un rôle important dans l’aide humanitaire apportée aux réfugiés dans le sud du Bangladesh. L’organisation a lancé un appel pour obtenir un financement de 77 millions de dollars pour faire face à l\’urgence. (Trt World, 2017)
Plusieurs organismes humanitaires sont également acteurs externes comme la World Health Organization. Les dirigeants de plusieurs pays ont aussi dénoncé le conflit. (Trt World, 2017). Le Canada a versé plusieurs dizaines de millions de dollars pour venir en aide aux Rohingyas. (Gouvernement du Canada, 2018)

Conclusion

En conclusion, nous pouvons affirmer que la crise en Birmanie peut être qualifiée d’un nettoyage de masse ethnique malgré le refus du gouvernement de la Birmanie de le qualifier ainsi.
Il est donc de plus en plus inévitable que cette crise devra être reconnue comme un génocide afin d’obliger les Nations Unies à intervenir massivement pour y mettre fin. Tout comme le Rwanda au milieu des années 90, les États du monde sont en dénis devant de pareilles atrocités. Il est bon de se demander pourquoi, pourquoi la communauté internationale ignore volontairement ces actes barbares. (CNN, 2017)

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