L’essai d’Alan Colquhoun sur la tradition figurative dans l’architecture

Dans cet essai, Alan Colquhoun met en évidence la relation entre la tradition figurative et la forme. Ainsi, il décrit leurs notions respectives, trace leur historique, et suggère une définition de la tradition figurative dans une rhétorique post-moderniste.Selon l’auteur, l’un des principes les plus persistants de l’architecture moderne était l’interdiction de toutes les références stylistiques directes (p. 198). Le modernisme, plutôt que d’être considéré comme l’ultime étape d’un processus évolutif où la forme et la fonction sont des constantes, est alors considéré comme une rupture avec la tradition (p. 198).

Le dialecte fondamental se situe ainsi entre la forme et la figure, plutôt qu’entre la forme et la fonction. Dans cette définition, l’architecture d’avant-garde peut alors être considérée comme un refus de réduire l’architecture à sa forme pure et donc comme un besoin de réintroduire la notion de figure dans l’architecture. De là, la fonction donne un sens à la forme, alors que la forme exprimait la fonction (p. 198). C’est une hypothèse qui assume que la signification des formes en architecture est le résultat de l’expression naturelle. Alors que la figure est une configuration dont la signification est donnée par la culture (p. 198).

D’autre part, Colquhoun cite les origines de la figure dans la rhétorique classique. Il encadre la fonction sociale de la figure comme établissement de certaines idées dans l’esprit du spectateur, idées qui renforcent ou préservent une idéologie. Il déclare que la composition figurative sert de méthode pour « cristalliser une série d’expériences complexes, diffuses et imperceptibles », expériences qui ne sont pas inhérentes à la forme structurelle de base et qui renvoient à d’autres idées de la culture (p. 201). Selon la rhétorique néoclassique, si la figure dépend de la coutume, alors la forme devient l’antithèse. La forme peut être considérée comme une beauté positive ou naturelle, selon la géométrie (p. 203). Tout comme la figure inclut le sens conceptuel et associatif, la forme l’exclut. La forme, dans son exclusion, peut être réduite à un « degré zéro historique » (p. 205). La figure traditionnelle, selon Colquhoun, est ancrée dans l’imagination, se manifestant comme un désir de répéter une configuration qui a un sens conventionnel (p. 205). Cependant, la technologie a créé une séparation entre les moyens et les fins.

En d’autres termes, à cette époque, il existait à la fois une reconnaissance de la nécessité technique et un besoin de sens. La forme a été adoptée comme réponse à la séparation technique en offrant une loi universelle de l’esthétique indépendante des faits extrinsèques des changements technologiques ou historiques (p. 207).Les efforts pour revenir à la figure dans l’architecture ont souvent utilisé l’une des deux techniques: la première a réduit la tradition figurative en un système abstrait de classifications typologiques. Ainsi la figure tend à devenir isolée comme un signe qui n’est plus limité à la catégorie du signe architectural. La seconde a appliqué des styles redécouverts aux bâtiments pour fournir une série de significations sous-culturelles, significations qui ne faisaient plus partie d’une cosmologie cohérente, réduisant la tradition figurative à des « clichés ou métaphores mortes » (p. 206).

Afin de légitimer la tradition figurative et de remonter la condition fragmentée de l’approche figurative, Colquhoun propose les approches néo rationaliste et néoréaliste ; malgré leurs différences, les deux approches post-modernistes partagent le concept du refus de réduire l’architecture à la forme pure. Ce qu’il rend explicite, c’est que pour que la tradition figurative réapparaisse, elle ne doit pas apparaître comme une récupération totale d’une tradition rhétorique perdue. Au contraire, « la référence est la figure architecturale en tant que telle. Ce qui était autrefois la forme d’un contenu est maintenant le contenu lui-même » (p. 207).

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