Intervention auprès du cas autochtone

IntroductionL’histoire tient à nous enseigner que depuis quelques années, le sort des autochtones se trouve institutionnellement jumelé à celui des migrants. Des populations de différentes origines, d’ailleurs de différentes cultures fréquentent le milieu hospitalier, surtout que les autochtones en représentent une partie à savoir que ceux-ci se diffèrent par le fait d’être les Premières nations avant la colonisation du Canada par les Européens. Mais aussi en tant que membres d’une culture ayant vécu l’oppression, ils ont eu un passé ardent avec l’homme blanc européen privilégié, ils subissent toujours l’impact du partage inégal, surtout du pouvoir entre leur communauté voire même entre leur culture et celle dominante que ce soit au Québec ou au Canada. Accueillir l’Autre venu d’ailleurs avec sa différence tranchée probablement par les conditions exotiques de sa propre culture et exceptionnelles, mais aussi penser à accueillir l’Autre d’ici, qui, sans invitation, frappe à la porte de certains services, plus exactement du milieu hospitalier en vue de nous rappeler sa présence ainsi que sa blessure sans écarter son besoin culturel d’être reconnu et mis en pratique tel que l’illustre notre cas.Les autochtones en milieu urbain font face à un manque de services de santé adéquats sur le plan culturel, autrement dit, des services qui intègrent des pratiques y compris descroyances médicales autochtones tout en respectant la manière dont cette population définit la sante et les maladies, c’est- à-dire en termes de « balancement, d\’harmonie, de vision holistique et de spiritualité » (Diotte et Martin, 2011, p. 17). C’est ainsi que pour intervenir lors de notre cas, cela implique nécessairement la mise en scène de deux cultures différentes, toutefois avec une pratique qui reste à penser, à repenser, à travailler et à construire avec les autochtones eux-mêmes en vue de développer ou d’aboutir à une stratégie d’intervention incluant deux systèmes culturels fort différents en matière de santé puisqu’on est face à celui dit moderne du groupe dominant, l’autre est d’une population souvent écartée et dominée, il s’agit d’introduire la médecine traditionnelle autochtone en milieu hospitalier moderne dont l’objectif est la guérison du sujet de notre cas. Face à cet examen de réflexion et en tant que médiateur interculturel, faire appel à une approche autochtone tout en considérant la colonisation, le pouvoir et l’identité comme éléments constitutifs et d’analyse d’une future intervention me semble une évidence, mais aussi tout en se servant de la roue médicinale comme outil d’intervention lors d’une médiation interculturelle.La colonisation comme modèle d’analyse pour intervenirRéellement, l’avènement d’un peuple étranger envahissant le territoire occupé par des personnes d’une race et d’une culture différentes, et ce en vue d’instaurer une domination politique, sociale, spirituelle, intellectuelle et économique sur ce territoire, il s’agit ici du colonialisme visant à instaurer des rapports de domination entre les autochtones (dominés) et les européens (dominants). (Gray et Coates, 2008, p. 282) . De même, il se trouve que la colonisation du peuple autochtone, se trouve moins attachée à un évènement historique et plus liée à des répercussions qui se manifestent à travers le temps. Privilégier le concept de colonisation dans ce cas autochtone, nous permet de lever le voile sur le caractère inachevé du projet colonial sous une perspective autochtone. Plus exactement, la colonisation détient des mécanismes moins visibles et contemporains selon la citation suivante de Hart (2009) :« Ce qui s\’est passé, c\’est que les processus de colonisation ont été réformés façons différentes et plus subtiles. Beaucoup de ces nouvelles formations sont insidieuses, et beaucoup d\’entre eux n\’ont pas encore été pleinement exposés ». (p, 29).Plus loin, la colonisation est présentée ici comme un modèle d’analyse critique du travail social conventionnel et ce en raison de souligner les liens entre celle-ci et la profession qui émane de ce domaine. D’ailleurs et d’une manière très précise, toute forme d’intervention ou de travail social, pourrait être vues comme outil de la colonisation selon Baskin (2009) alors que Gray Coates (2008) l’aborde en tant qu’agent de la colonisation et de la destruction de la culture. Dans la même perspective, Renault (2002) affirme cette réalité en avançant que « les services sociaux étaient, jusqu\’à récemment, fournis aux Autochtones de façon paternaliste et avec une certaine indifférence sur le plan culturel. L\’assimilation des Premières Nations à la culture dominante constituait un des objectifs majeurs de la profession » (p. 144).La prise en compte du pouvoir et de l’identité en matière d’interventionLe pouvoirLe pouvoir ici renvoi à la domination et qui est principalement coercitif. En abordant cette domination, on fait référence à un partage inégal du pouvoir. Cette domination dont il est question, est à la base d’un ensemble de rapports sociaux tel que dans une relation d’aide comme l’annonce M. McNay, (1992 in Healy, 2000) en avançant ce qui suit : « [la] relation entre hommes et femmes, entre races, entre les différentes classes sociales, et entre aider les professions et leurs clients sont toutes les variations des relations de pouvoir inégales dans la société. », (p,22). Que l’on veut ou non, nous devons admettre qu’une relation d’aide est fondée sur une distribution inégale du pouvoir; plus explicitement, l’intervenant social ou plutôt le médiateur interculturel a du pouvoir, alors que la personne dans le besoin d’aide n’en a pas. (Healy 1999, p. 64). Effectivement et en référence à notre cas, notre approche d’intervention ne peut être réussie ou bien menée qu’à travers une réduction d’écart en matière de pouvoir, mais nécessairement sous une perspective autochtone en enlevant tout élément de domination ou d’oppression.L’identitéL’identité de l’intervenant ou du médiateur interculturel se trouve en lien avec le pouvoir qu’ils détiennent (Healy, 2000). Celle-ci est structurée par des relations de pouvoir qui l’assignent. Aussi, Healy nous aborde l’idéologie professionnelle qui stipule que les intervenants sont les mieux positionnés pour une compréhension de la situation vécue par les usagers que les usagers eux-mêmes. Ici, il s’agit du rapport de domination et ses impacts négatifs sur l’identité et qui renforce ce lien. A ce propos, McKenzie et Morissette (2002) avance le suivant : « [colonisation] mauvais effets néfastes sur les peuples autochtones parce que cela les a socialisés pour dévaluer leur propre culture et sentiment d\’identité collective. », (p, 262). En effet, il faut compter sur une vision autochtone en relations d’entraide en croyant que la personne aidée peut trouver son chemin de guérison même si la personne aidante détient du savoir et qu’il n’y a pas d’expert dans tout le processus d’intervention afin de reconnaître aux autochtones que leur culture a des valeurs et des traditions telle que la médecine traditionnell, qui fixent leur propre identité.Le processus de médiation interculturelleLa préméditation : C’est une étape inéluctable lors de l’intervention auprès de notre cas ; il s’agit de la prise en compte sérieuse et responsable des deux cadres de références à la fois. Cette prise en compte se traduit dans l’impact colonial sur l’identité et la culture en général de population autochtone. C’est la raison pour laquelle le médiateur est invité plus que jamais à recueillir de meilleures connaissances de la colonisation et ses effets, mais tout en adoptant des pratiques d’entraides autochtones sans écarter le cadre institutionnel de l’hôpital qui représente tout un système politique. En bref et face à cet examen de réflexion, il est nécessaire de rompre moyennent avec une approche dite occidentale lors de l’intervention tout en négociant avec elle en vue d’intégrer une nouvelle approche autochtone qui trouve sa justification dans un besoin dit historique, identitaire et qui a sa place dans l’intégration de la médecine traditionnelle pour la guérison de la patiente autochtone.La roue médicinale comme outil d’intervention : Il s’agit ici d’une représentation du monde selon la perception des peuples autochtones. Celle-ci peut refléter des enseignements, des valeurs, mais aussi des savoirs que les individus acquièrent au fur et au mesure qu’ils la parcourent. (Guay, 2010).Il faut aussi être conscient que la roue médicinale représente en quelques manières l’univers et soi-même à ces peuples, celle-ci caractérise ces peuples par la médecine traditionnelle avant la colonisation, chapotée par un fonctionnement institutionnel autochtone, il s’agit d’un trait ayant résisté au colonialisme européen. A cet effet, situer la cliente dans sa famille, sa communauté et surtout sa nation, permettrait au médiateur interculturel de se situer à son tour dans une vision autochtone et par la suite jouir du rôle de facilitateur lors de ce processus tout en étant conscient que la roue médicinale n’a pas de version définitive.Rencontre auprès des deux parties : Lors de cette étape, le médiateur doit rencontrer les deux parties séparément. D’un côté, la rencontre avec la famille de la patiente lui permettrait de mieux saisir la raison de l’usage d’une médecine traditionnelle y compris le fait de découvrir de quelle nation autochtone s’agit-il précisément pour une meilleure interprétation de la roue médicinale, et d’intervention personnalisée en matière de médiation interculturelle auprès de celle-ci comme reconnaissance d’une culture qui date depuis des millénaires. De l’autre côté, écouter et rencontrer l’équipe institutionnelle de l’hôpital s’avère inévitable en matière d’impartialité et non pas en raison du rapport de domination comme effet négatif du colonialisme, mais aussi dans la nécessité de rapporter le discours autochtone sur la médecine traditionnelle afin de l’introduire comme composante culturelle, voire même comme remède contre une maladie vraisemblablement dans une perspective autochtone tout en lien avec la roue médicinale en vue de réduire les rapports de domination. Encore une fois et en tant que médiateur interculturel, il s’agit d’un cas très complexe, dépasser la médiation interculturelle pour aller vers la négociation avec une institution en position privilégiée, est une nécessité afin qu’elle prenne en compte la médecine traditionnelle dans le processus de guérison occidental en même temps ; cela peut être une solution porteuse de fruits pour les deux parties. Mais, la réflexion du médiateur interculturel doit toujours être évolutive dans l’analyse de l’impact colonial sur ces peuples au même niveau que la prise en compte de l’institution occidentale et ses charges ; fusionner entre la médecine traditionnelle et occidentale, serait une reconnaissance d’un besoin vis-à-vis les deux parties.ConclusionLe cas du peuple autochtone est un cas d’une autre couleur, toutefois complexe et qui fait appel au besoin de reconnaissance politique, institutionnelle, mais aussi et surtout culturelle. Certes, la médecine traditionnelle existait même avant l’arrivée de l’homme blanc européen colonisateur dans le sens conventionnel, mais reconnaître les effets de la médecine dite occidentale malgré le rapport de domination entre les deux parties et d’ailleurs les deux cultures, est une réalité sans oublier de réduire les écarts entre les deux parties au travers des approches qui ne passent que par les autochtones eux-mêmes loin des approches occidentales qui se construisent sur des liens d’inégalités et de domination.Références bibliographiques :