Les centres de grands brûlés

Introduction

Pourquoi parler des grands brûlés ?
Les brûlures sont quelque chose d’assez fréquent. Chacun de nous s’est déjà brûlé en tout cas une fois dans sa vie, que ce soit bénin ou grave. C’est pour cette raison que j’ai choisi ce sujet. Nous connaissons tous quelqu’un qui a déjà subi une grande brûlure. En ce qui me concerne cela est arrivé à ma maman. A l’âge de quatre ans, elle prenait un bain lorsque par inadvertance elle a tourné le robinet de la température, ce qui a mis l’eau sur brûlant. Elle avait sa cuisse sous le débit d’eau. Dès le moment où elle s’en est rendu compte il était trop tard. Une grande partie de sa jambe était brûlée, elle avait de fortes douleurs sur toute la jambe. Sans trop hésiter sa maman l’a directement amenée à l’hôpital. Elle a subi une greffe sur sa cuisse gauche car les tissus de la peau étaient totalement brûlés et n’avaient plus de sensibilité ni de circulation sanguine dans la jambe.
Après cet accident, il lui a fallu plusieurs mois pour s’en remettre psychologiquement et physiquement. Il y a donc eu des effets physiques et mentaux de la brûlure. Ce qui m’amène donc à ma question de recherche qui est :
« Quelles sont les conséquences physiques et psychologiques d’une brûlure au troisième degré ? »

Démarche

Je vais faire une demande au CHUV pour savoir s’il est possible, que ce soit par un questionnaire ou par une interview, de demander au personnel soignant et si possible à des patients leur ressenti par rapport à la gravité de leurs brûlures. Une interview avec Monsieur Sébastien Maillard que j’ai vu dans un reportage de la RTS. Avec Monsieur Raffaele Grosso que j’ai aperçu dans le journal du Jura. Ainsi que Madame Alyssa Ryter, psychologue de formation, membre de l’association Flavie, infirmière et elle-même Brûlés au troisième degré. Je vais faire encore une partie personnelle. Je vais y raconter ce que ce travail de recherche m’aura apporté et ce qu’il aura laissé en moi, via les interviews et mes différentes recherches.
Il y aura aussi une petite partie sur les différents degrés de brûlures et comment les reconnaître ainsi que les premiers gestes de secours à prodiguer en cas de brûlure.

Cadre théorique

Pour commencer, je vais parler des différents types de brûlures. On les sépare en trois degrés. Pour distinguer ces différentes brûlures, il y a deux critères que nous allons voir ci-dessous.
Tout d’abord la peau est un organe qui est fait de plusieurs couches de tissus. La peau protège le corps de tout type « d’attaques ». Qu’elles soient bactériologiques, que ce soit des corps étrangers ou autre. Les couches de la peau sont :
 L’épiderme
 Le derme
 L’hypoderme

Une brûlure est caractérisée par deux critères.
Le premier est la surface brûlée. Cette surface corporelle (SC) se calcule en pourcent (%).
Les traitements dépendent du pourcentage de peau brûlée. Jusqu’à 10% de SC brûlée on peut traiter le patient avec un traitement ambulatoire (à l’exception des personnes âgées de 65 ans et plus ou des enfants). De ces 10% jusqu’à 20% une hospitalisation est nécessaire dans un centre spécialisé pour grands brûlés. Au-delà de 20% de SC brûlée, il est obligatoire de se faire hospitaliser dans une unité de grands brûlés.

Le deuxième critère est la profondeur de la brûlure. Les 3 couches de peau définissent les trois degrés de brûlures.
Une brûlure de premier degré, se caractérise par une atteinte de l’épiderme. Elle se distingue aussi par un aspect visuel qui est par exemple une peau rouge comme lors d’un coup de soleil. La première couche de la peau est atteinte.
Il y a deux sortes de brûlure du deuxième degré. Il y a le deuxième degré superficiel et profond. Lorsque le tiers supérieur du derme est atteint par la brûlure, c’est une brûlure du deuxième degré superficiel. Pour l’aspect visuel on peut voir des cloques, la peau qui est rose et la douleur est présente. La brûlure du deuxième degré dit profond est caractérisée par une atteinte complète du derme et des cloques qui ont éclaté, ce qui ne permet pas une guérison sans de grosses cicatrices. Quant à l’aspect visuel, la peau est blanche ou rouge claire et toujours aussi douloureuse.

Lorsque la brûlure a détruit toutes les couches de peau jusqu\’à la graisse on parle alors d’une brûlure du troisième degré. Le visuel de la brûlure se caractérise par une peau blanche et non douloureuse. Il n’y a pas possibilité de régénération des tissus de la peau.

Schéma 1 : les différents degrés de brûlures
Pour déterminer la brûlure exacte il faut attendre quelques jours de soins.
Pour les traitements des différents degrés de brûlure. La brûlure de degré :
 1 : une guérison se fera entre 4 à 5 jours avec des crèmes désinfectantes ou des pommades grasses
 2 superficiel : une cicatrice minime avec un temps de guérison entre 12-15 jours. Concernant le traitement il faut appliquer les mêmes pommades que pour une brûlure du 1er degré sauf qu’en plus il faut ajouter un pansement hydrofibre. Un pansement hydrofibre est un pansement qui favorise la cicatrisation, en gardant sur la plaie un milieu humide et à environ 37 degrés. Les pansements hydrofibres tiennent en place généralement entre 4-7 jours
 2 profond : une prise en charge chirurgicale est envisageable et une cicatrice est certaine. Pour traiter la blessure il faut faire une greffe de peau dès lors que le diagnostic est confirmé
 3 : une intervention chirurgicale est obligatoire et une cicatrice est certaine. La peau ne peut pas se régénérer seule, il faut faire une greffe de peau.

Les centres de grands brûlés en Suisse

En Suisse il y a tout d’abord le CHUV (centre hospitalier universitaire vaudois) situé à Lausanne.
Le CHUV est un immense complexe ou on peut y trouver toutes sortes de spécialisations. Dans mon cas, c’est du centre romand des brûlés dont je vais parler.
Le centre soigne et traite les patients 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Dans ce centre il y a 5 lits qui sont dédiés aux soins intensifs pour les adultes. Il y a aussi les soins intensifs pour les enfants mais dans un service pédiatrique qui a 2 lits. Dans le centre il y a un bloc opératoire et une salle de douche. On peut aussi trouver un box d’isolement pour les patients porteurs de germes résistants. Après la phase la plus aiguë, les patients sont dirigés vers le service de chirurgie plastique et reconstructive ou dans un service de chirurgie pédiatrique pour les enfants.
Maintenant le but de ce centre ou ses missions.
Le premier but est de prendre en charge les patients qui sont gravement brûlés des cantons romands ou même parfois des patients suisses alémaniques lorsque le centre de Zürich est complet ou surchargé.
Leur deuxième but est de pouvoir offrir des traitements de qualité en mettant à disposition des patients une équipe de plusieurs spécialistes dans un endroit adapté.
Il assure la formation et la réhabilitation du patient depuis sa prise en charge jusqu’à son rétablissement.

Les premiers soins

En cas de brûlure, le premier reflexe que nous avons tous est de mettre la zone brûlée sous l’eau froide, ce qui est un très bon reflexe. Mettre la brûlure abondamment sous l’eau empêchera la chaleur de la brûlure de se propager et aura un effet « apaisant ».
Les premiers gestes de secours à effectuer dépendent du degré de la brûlure.
Dans le cas d’une brûlure du 1er degré les gestes qui sont conseillés sont les suivants :
On dit qu’il faut appliquer la règle des trois 15 qui consiste à mettre la zone brûlée sous une eau à 15 degrés environ pendant 15 minutes et à 15cm du débit d’eau.

Pour une brûlure du 2ème degré il faut également appliquer la règle des trois 15 et mettre aussi en place un pansement stérile et un peu humide. Il est ensuite conseillé d’appeler un médecin pour avoir un avis pour la suite du traitement, ou d’aller directement consulter.

Pour une brûlure du 3ème degré il faut absolument aller aux urgences ou appeler les secours. Si vous attendez les secours il faut mettre abondamment votre brûlure sous l’eau froide. Si vous allez aux urgences mettez un pansement stérile et humide jusqu\’à votre arrivée.

Association Flavie

L’association Flavie est née en mars 2002. Cette association est l’initiative d’anciens patients, de soignants du centre des brûlés. Le but de cette association est de soutenir les victimes et leur familles que ce soit sur le plan juridique, social ou encore financier.
Le nom Flavie vient de la contraction de flamme et de vie. Pour dire que malgré les brûlures, les séquelles physiques ou psychologiques la vie continue.
Flavie se donne comme but de mieux faire connaître le parcours et le vécu des victimes de brûlure. Mais aussi la difficulté de leur prise en charge.
Une chose importante à mentionner, Flavie est une association à but non lucratif. Les objectifs de Flavie sont les suivants : soutenir, prévenir et sensibiliser.
Flavie possède un fond social pour les personnes brûlées et leur entourage. L’association met aussi à disposition des psychologues par le biais d’une permanence téléphonique 365 jours sur 365. Que ce soit pour des parents qui se sentent mal car leurs enfants ont été brûlés, que ce soit pour l’enfant lui-même qui appréhende son retour à l’école. Elle aide aussi juridiquement afin de mieux faire reconnaître les préjudices de la brûlure et de trouver un responsable.
En ce qui concerne le domaine de la prévention, Flavie collabore avec des organismes spécialisés dans le domaine de la grande brûlure.

Interview et témoignage de Monsieur Sébastien Maillard

Le premier mai 2000 la surface corporelle de Monsieur Maillard a été brûlée à 92% suite à un retour de flammes d’un réservoir d’un camion militaire.
« Bonjour Monsieur Maillard, merci de me recevoir aujourd’hui. Est-ce que vous pourriez vous présenter en quelques mots ? »
Je m’appelle Sébastien Maillard j’ai 41 ans, je suis marié, j’ai deux enfants et j’ai eu un accident de travail le 1er mai 2000.

« Est-ce que vous pourriez m’expliquer votre accident et me donner le diagnostic qui vous a été annoncé ? »
J’avais un travail à faire sur un réservoir à mazout d’un camion. Un travail que ne devrait pas se faire comme ça mais qui se faisait comme cela dans cet atelier depuis des années. Je n’étais pas à l’aise avec ce genre de travail, je cherchais à éviter de le faire, mais pour finir j’ai quand même dû m’y atteler, et ce qui devait arriver un jour est arrivé ce jour-là. Je devais chauffer une partie du réservoir pour enlever une légère fuite. Je devais replanir une surface métallique et pour cela je devais chauffer cette partie. Mon chef d’atelier l’avait fait quelques temps avant sur un autre véhicule avec un gros chalumeau et je m’étais dit « moi je vais chercher un petit chalumeau ». Je n’ai pas eu le temps d’aller chercher un plus gros, car à un moment donné la flamme est passée sur l’embouchure du réservoir et là ça a fait directement un retour de flamme, comme un lance-flamme. Ça n’a pas explosé heureusement, l’embouchure était assez grosse pour absorber le jet de flamme. Mais tout m’a giclé sur le visage et ça a imbibé ma salopette de travail et je suis parti comme une torche vivante dans l’atelier. Et là c’est le fils de mon patron qui m’a «éteint» avec une veste, enfin essayé de «m’éteindre» avec une veste. Sauf que lorsqu’il éteignait le haut du corps, il voulait ensuite éteindre le bas mais instantanément le haut reprenait feu. Il ne s’en sortait pas. Du coup c’est un client qui était avec lui qui a trouvé un extincteur et qui m’a «éteint».
Au final il y a eu l’intervention d’abord des secours et de l’ambulance, mais j’ai senti qu’ils étaient un peu dépassés par les événements. Il y avait le médecin du SMUR qui est arrivé aussi. Tout le monde était dépassé car c’était une situation assez exceptionnelle. Ensuite il y a eu le médecin de la REGA et puis lui c’est vraiment lui qui a désamorcé la situation et qui m’a sauvé.
Au diagnostic final on m’a annoncé que j’étais brûlé à 92% de ma surface corporelle au troisième degré.

« J’ai vu dans le reportage de 36.9 que c’était compliqué pour vous intuber »
Oui, comme il m’a expliqué l’intervention à un moment donné il aurait pu dire : « je ne peux plus rien faire ». Mais non, lui son objectif c’était de me m’amener vivant au CHUV, et heureusement pour moi.
« Et du coup de quoi vous vous souvenez de cet accident, vous avez des souvenirs ? Vous avez des trous noirs à certains moments ?
Alors je ne me souviens pas dans les détails mais on m’a aussi raconté beaucoup de choses. Je me souvenais de pleins de choses, pas tous les petits détails, je devais quand même me battre de plus en plus pour respirer, ça devenait de plus en plus compliqué car tout devenait bouché à cause des œdèmes. Mais oui je me souviens de beaucoup de choses jusqu\’à l’arrivée de l’hélicoptère. Là justement le médecin de la REGA qui m’a sauvé, il s’attendait à un local en feu par rapport aux explications qu’il avait eues. Il m’a dit qui avait demandé ce qui c’était passé et il m’a dit que c’est moi qui lui avait répondu avec une voix très rauque : « mazout ». Mais ça moi je ne m’en souviens pas. Donc je pense que c’était vraiment le moment qu’il arrive.

« Et de la douleur vous avez des souvenirs ou bien de choses que vous avez pensées sur le moment ?
En fait je me souviens du fils de mon patron qui essayait de m’éteindre avec sa veste, qui était à mes côtés et qui me parlait et qui essayait de me maintenir conscient. Moi j’étais à quatre pattes par terre et puis à un moment donné il m’a demandé si j’avais mal. Le seul endroit où je sentais quelque chose c’était à une fesse et au final c’est une des zones qui a été brûlée au 2ème degré superficiel mais qui n’a pas nécessité de greffe. Donc le reste était tellement brûlé que je ne sentais pas.

« Pendant l’intervention de la REGA vous avez été endormi ? »
Oui. Le médecin de la REGA m’a dit que c’est une des premières choses qu’il a fait. C’est une chose que l’ambulancier aussi avait fait avant l’arrivée de ce dernier. Il avait trouvé une zone qui était saine en fait. Il avait enlevé mes chaussures et j’avais les pieds qui n’étaient pas brûlés. Donc quand le médecin de la REGA est arrivé il m’a endormi. C’est là aussi qu’il a dit que ma condition physique m’avait bien aidé parce qu’entre le temps où il m’a endormi et le temps où il m’a intubé, il m’a dit que c’était très long. Et qu’au moment de mon anesthésie c’est comme s’il me mettait un coussin sur la tête et qu’il voulait m’étouffer car je n’avais plus aucun moyen de respirer moi-même. Il fallait qu’il puisse m’intuber pour que je m’en sorte. Si je n’avais pas eu une bonne condition physique, une bonne capacité d’apnée je ne serais pas là aujourd’hui.

« Et du coup, par la suite, vous vous êtes réveillé ici au centre des grands brûlés ? »
Oui mais bien quelques semaines après l’accident. Je me souviens de pas mal de choses pendant ces semaines mais j’étais tellement sous l’effet des médicaments, que les souvenirs c’est des petits moments dans la journée, mais ça reste assez flou. Les trois premiers mois de mon hospitalisation sont assez flous.

« Et donc le moment où vous vous êtes réveillé, quelles ont été vos premiers ressenties ? »
En fait je pense que vu que ça c’est fait tellement progressivement, car j’étais quand même conscient, je me souvenais de ce qui m’était arrivé donc ce n’était pas tout à coup « pouff » je me suis réveillé et puis je me serais dit « qu’est-ce qu’il s’est passé ». J’étais conscient, je me souvenais de ce qu’il m’était arrivé, donc du coup tout le travail s’est fait assez progressivement. J’étais conscient que je n’allais pas être le même, je ne savais pas encore comment mais je le savais.

« Et justement vos premières impressions lorsque vous étiez dans votre lit, vous pensiez à quoi ?
Il y avait plein de trucs qui me passaient par la tête. Il y avait déjà tout mon entourage qui était présent et, à ce moment-là, c’est vraiment se battre. J’essayais un peu de comprendre ce qui se passait autour de moi, essayais de capturer les informations. Car moi je ne pouvais pas parler à ce moment. Pendant toute ma période de soins intensifs au centre des brûlés je ne pouvais pas parler. Au final je savais que je n’étais plus le même. Lorsque je regardais autour de moi je ne pouvais déjà pas beaucoup bouger la tête, mais je pouvais voir mes jambes, et mes jambes c’était mon bras, il n’y avait plus aucune musculature, c’est quelque chose qui m’a fait bizarre et puis mes mains je ne les voyais pas parce qu’il y avait des pansements dessus, mais je sentais sous mon pansement que ça allait rester un handicap, je sentais que ça n’allait pas être pareil au niveau des mains.
Ce qui m’importait vraiment c’était de savoir comment ça évoluait. Dès que j’étais conscient j’enregistrais le plus d’informations que je pouvais. Typiquement j’écoutais les médicaments qu’on me donnait, ou encore l’oxygène, un moment on me donnait 100% d’oxygène. Mais ça ils ne peuvent pas donner plus que tant de temps parce qu’autrement c’est plus viable. Je me souviens de ça, et je me souviens aussi d’essayer de chercher quel jour j’étais, et de savoir combien de jour il restait, si j’étais toujours à 100% d’oxygène.

« Est-ce que malgré le fait que vous ne pouviez pas parler le personnel médical vous parlait quand même, il vous donnait des informations ou autre ? »
Oui, ça a toujours été comme ça. Moi je ne pouvais pas parler mais par contre les médecins, les infirmières venaient me dire ce qu’il se passait, même que je ne me souviens pas forcément de tout, même de peu de choses mais ils venaient me parler. Carine, ma compagne avec qui je devais me marier 3 mois après l’accident, était présente tous les jours. Donc elle aussi me disait ce dont on l’informait. Le personnel médical a toujours été là, ils venaient même lorsque j’étais dans le coma m’informer des décisions qui ont été prises.

« Au jour d’aujourd’hui est-ce que vous devez encore prendre certains médicaments ou vous avez des soins réguliers ? »
Alors maintenant je me connais assez bien, j’ai les mains où il y a toujours des petites blessures qui sont ouvertes. En général j’arrive à me débrouiller pas mal. Alors maintenant des médicaments non, des compléments ou comme ça oui. Je prends des médicaments comme ça mais pas plus qu’une personne qui n’a rien eu, des médicaments banals.

« Vous avez des visites, des contrôles si l’on peut dire ça comme ça ? »
J’ai un peu la chance de travailler ici au CHUV. Complètement par hasard mon bureau où je travaille il est en face du professeur de chirurgie plastique. Du coup ça fait un peu des consultations de couloirs. On se croise on se tutoie, donc si un jour j’ai quelque chose ou une interrogation je lui pose directement la question lorsqu’on se croise comme cela. Mais j’ai des suivis quand même au niveau des poumons, au niveau des yeux assez fréquemment ça s’est surveillé. Mais au niveau de la peau, ou niveau de la brûlure ça se fait un peu comme ça dans les couloirs. Mais normalement si je n’avais pas ce suivi un petit peu particulier, il y a effectivement des consultations. Au début c’est quasiment tous les jeudis il y a une consultation, il fait une consultation. Et ensuite les consultations s’espacent un petit peu.

« Est-ce que lorsque vous êtes sorti de l’hôpital ou même lorsque vous y étiez, vous avez eu peur du regard des autres par la suite sur vous ?

Non moi j’avais tellement à m’occuper de moi que ce n’est pas quelque chose qui me préoccupait. Carine ma femme elle oui, au début elle regardait, elle observait, mais moi non. En fait moi c’était bon, j’ai eu cette chance d’accepter les choses très vite. Je pense qu’au moment où j’ai été accidenté, j’étais déjà conscient si je m’en sortais, et il fallait que je m’en sorte, que ça n’allait plus être comme avant. Dès les premiers instants je savais que ça n’allait pas être pareil. Quand je sors ou quand j’ai envie de faire quelque chose je vais le faire. Les gens autour finalement je ne m’en occupe pas vraiment. Maintenant c’est clair lorsqu’on me voit on se pose des questions, je vois des réactions ou comme ça mais je ne m’en préoccupe pas vu que pour moi elles sont normales ces réactions. C’est normal que lorsqu’on me croise on se demande ce qu’il m’est arrivé. Comme moi, dans l’état ou je suis, si je vois quelqu’un en chaise roulante je vais me poser des questions, je vais me dire « qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? ».

« En parlant de réactions est-ce que des gens vous ont déjà interpellé dans la rue pour vous demander ce qu’il vous est arrivé ?
Oui qu’on me pose des questions dans le train ou dans la rue c’est déjà arrivé.

« Ces personnes vous approchent facilement et vous demandent ce qu’il s’est passé ?
Ça se fait aléatoirement. Mais des fois je croise des gens ou je les vois arriver, on se regarde et je comprends qu’elles sont interpellées. Je peux deviner le point d’interrogation en dessus de la tête comme dans les dessins animés. Si ces personnes veulent venir je leur répondrai, si elles ne viennent pas c’est peut-être qu’elles ne sont pas à l’aise avec ça. Je n’ai jamais eu de mauvaises expériences. Une fois il y a une dame qui a été surprise parce que je sortais du train, c’était au début, une des premières fois que je reprenais le train. Elle un eu un petit mouvement de recul, ensuite moi je l’ai vu et je me suis dit « ah ben voilà c’est normal ». Les seules personnes avec qui je fais un peu plus attention ce sont les enfants. Ou quand je vois qu’ils me regardent, qu’ils se demandent ce que j’ai, j’essaie en général de dire juste un salut ou comme ça histoire de poser une voix pour montrer que c’est mon image qui est différente mais qu’au final je suis pareil.

« Est-ce qu’après cette épreuve vous avez été aidé par une association ou autre ? Et par quel moyen ou sur quel plan ? (juridique, financier…) ?
Alors non car il y a pas mal de choses qui se sont créées après mon accident. L’association Flavie par exemple s’est recréée un peu par mon intermédiaire, quand moi j’étais encore au CHUV. Je n’ai jamais pris la présidence mais j’ai toujours fait partie de l’association. Maintenant si moi je peux faire profiter quelqu’un d’autre qui se pose des questions, j’ai toujours été disponible autrement au niveau financier ou social. Moi je travaille à 50% donc il y a une partie assurance accident qui reste et l’AI (assurance invalidité) qui prend aussi une partie de ma prise en charge.
Moi j’ai refait un apprentissage, mon idée c’était vraiment de retravailler à la base à 100%. Je me suis vite rendu compte qu’un 100% jusqu\’à la retraite se serait compliqué, donc à la fin de mon apprentissage on a reparlé de mon taux d’activité et on est arrivé sur un 50%. Ce qui me permettait de bien pouvoir gérer mon emploi du temps, comme pour mes rendez-vous chez le pneumologue, les autres choses que j’ai à faire, les soins que je dois m’autoproclamer.
Il y a juste eu un petit « couac » avec l’assurance invalidité à la fin de mon apprentissage. Plutôt avec la personne qui était en charge de mon dossier qui ne s’était pas préoccupée, je ne l’avais pas vu pendant mes 4 ans d’apprentissage parce que mes 4 ans je les ai fait à 100% parce que l’idée comme je l’ai dit était de retravailler à 100%. Il y a eu un petit laps de temps pendant six mois, un petit vide. Mais qui au final n’a pas porter préjudice. A un moment donné je ne touchais plus de salaire donc la SUVA a été génial, car ils savaient que l’AI me versait plus d’indemnité à ce moment-là. Ils m’ont demandé s’ils devaient m’avancer de l’argent, si je ne m’en sortais pas. J’avais encore des réserves à ce moment mais je trouvais génial le fait de poser la question. Au niveau de l’Ai il y vraiment eu que ce petit couac mais justement ce n’était pas l’AI c’était vraiment la personne qui s’occupait de moi, qui ne s’était pas assez préoccupé de certaines choses au moment où elle aurait dû. Autrement ça a toujours bien fonctionné.

« Et l’entreprise où vous travailliez n’a pas eu de problème par la suite ? Car les normes de sécurité n’étaient peut-être pas respectées ?

Au final il n’y a pas eu de suite, moi j’avais quand même lancé des démarches mais je ne savais pas comment, contre qui etc…
Je me disais qu’il ne faut pas que ça se reproduise. Il y a eu certaines choses qui ont été faite mais les démarches n’ont abouti à rien. Moi j’ai toujours reconnu ma part de responsabilité parce que j’ai accepté de faire le travail. En plus normalement le jour de mon accident si mon patron était d’accord j’aurais dû commencer dans une autre entreprise. Et 23 jours plus tard je finissais de travailler dans cette entreprise. Donc j’aurais très bien pu dire « non débrouillez-vous avec ce travail je ne veux pas le faire » mais mon idée ce n’était pas ça, je volais terminer en bon terme jusqu’au bout. Et voilà moi j’ai accepté, j’ai ma part de responsabilité, j’aurais aimé que l’entrepreneur reconnaisse sa part de responsabilité ce qui n’a pas été fait. Mais bon il défend aussi ses intérêts et les éventuels problèmes qui pourraient avoir avec son entreprise. Donc il a réussi comme il a pu, avec des choses qui ne sont pas forcément fondées, et au final les procédures n’auront abouties à rien. J’aurais vraiment aimé qu’il reconnaisse sa part de responsabilité, ça ne s’est pas fait, ça se fera peut-être un jour en quatre yeux. Si a ne se fait pas ça ne se fait pas. Moi je suis ai clair je sais ce qui s’est passé, pourquoi ça s’est passé. Je comprends aussi les démarches de l’employeur de défendre son entreprise.

« Est-ce que votre regard sur vous-même pas forcément physiquement mais intérieurement a-t’il changé ? »
Non du tout. J’ai dû adapter certaines choses de par le handicap de mes mains mais autrement pour moi, c’est le seul handicap que j’ai. Mais ça ne m’a jamais empêché de faire quelque chose. Après il y a certaine chose qui prennent plus de temps, mais maintenant c’est ancré dans mon quotidien, je sais que si je dois faire tel ou tel chose a va me prendre plus de temps. Par exemple il y a des personnes qui ne sont pas du tout manuel et ces personnes vont peut-être prendre 20 min à exécuter une tâche tandis que un mécanicien lui a va lui pendre 5 minutes. Moi c’est un peu comme ça. Ma façon de voir les choses, ma façon de vivre, de penser tout est resté la même chose. Mon image corporelle a changé mais autrement je suis resté le même. Ce qui le prouve aussi c’est Carine est resté à mes côtés. Je pense que si j’avais changé de manière de penser, de caractère ou si je n’avais pas été le même dans ma façon de voir les choses il y aurait des chances qu’elle soit parti. Mon entourage, mon cercle d’amis lui aussi est resté le même. Je vois vraiment la vie comme je la voyais avant.

« Est-ce qu’on peut dire que cette étape vous as fait grandir ? »
Non je ne vais pas dire que a m’a amené quelque chose je m’en serais bien passé. Une fois que c’est arrivé il faut faire avec. De toute façon je ne peux pas revenir en arrière et ça je pense que c’est la clé de pas mal de choses. A mon avis une fois que l’on a accepté les choses, on peut aller plus facilement de l’avant. Lorsque je discute avec des médecins ils disent que pour une brûlure qu’elle qu’elle soit ou qu’elle soit et quelle degré ou pourcentage, ils comptent une moyenne de 5 ans pour accepter les choses. Moi ça c’est fait directement et franchement c’est ce qui m’a permis d’avancer rapidement de reprendre une vie social normal. Si on se renferme ou on se prive on va avoir un frein.
« Le regard de vos proches a-t ‘il changé ? »
Au début il y avait des personnes qui ne se sentais pas de venir à l’hôpital parce que justement ces personnes ne savaient pas comment appréhender la situation. Il y a des personnes que j’ai revues plus tard, et de mes souvenirs il n’y a personnes que je n’ai jamais revues.

« Pour vous qu’elle a été la chose la plus dure comme par exemple un handicap ou l’étape la plus dure ? »
C’est un peu étrange de dire ça mais pour moi il n’y en pas vraiment eu. Je dis qu’il y en n’a pas eu si je regarde vraiment je pourrais dire qu’il y en eu pleins, mais pour moi c’est des caps à passer qui sont obligatoire donc ça ne passe pas comme un mauvais moment. Je sais que si je veux aller plus loin je devrais passer par certaines étapes qui seront dures. Mais comme je l’ai dit avant il faut avancer et si il faut passer ces étapes pour ce faire je me dois de les passer. La chose qui m’a fais le plus « drôle » c’est mes mains. Quand j’ai sentis sous mes pansements que ça allais rester un handicap, je savais que je n’allais pas pouvoir refaire tout comme je le faisais avant. Un exemple c’est la machine à laver la vaisselle. Je peux prendre presque que un objet à la fois, un verre je dois le prendre à deux mains.
« L’amputation est dû à une mauvaise irrigation des tissus à cause de la brûlure ? »
Exact. La brûlure était trop profonde. Au début ils ont dit à ma femme qu’ils allaient m’amputer de tous les doigts. C’est pour ça que je dis aussi que la période lorsque j’étais au centre des brûlés est la plus dure pour l’entourage dans mon cas. Lorsqu’on voulait m’amputer de toute la main, le professeur du service avait dit, « on attend encore un peu, des fois j’ai vu dans certains cas on a pu sauver des doigts. ». On a donc pu sauver quelques doigts qui certes n’ont pas beaucoup de mobilité, mais ils me permettent quand même de saisi des objets ou faire d’autres choses.

« Est-ce que la brûlure aura laissé une trace psychologique en vous ? »
Non. Il y a un suivi psychologique obligatoire. Antidépresseurs, consultation avec un psychologue pendant une année environ. Je me souviens quand je suis arrivé à l’étage des grands brûlés, je commençais à me préoccuper de mon traitement, de ce que je prenais comme médicaments. Quand on m’a dit que dans la liste de médicament il y avait des antidépresseurs, j’ai demandé si j’e avais vraiment besoin. Et j’ai demandé si je pouvais arrêter d’en prendre. On m’a dit que c’était au psychologue de décider. En parlant avec lui je lui fis la demande s’il était possible d’arrêter ce traitement. Il était septique il m’a répondu que normalement on n’arrête pas ce traitement aussi tôt dans l’hospitalisation. Mais il m’a dit que si vraiment je voulais on pouvait essayer, mais que si j’avais un moment où je sentais que je n’allais pas bien je devais le dire. J’ai donc arrêté et dans mon cas je n’ai senti aucune différence. Je ne dis pas que ça ne sert à rien mais dans mon cas j’étais au clair sur ce qu’il s’était passé, et je ne ressentais pas le besoin d’être suivi avec ce traitement.
Ensuite j’ai fait la même démarche avec le psychologue. Je demandais si c’était encore obliger que l’on se voit. Gentiment on a espacé les rendez-vous pour ne plus en avoir.
Je dirais donc que les traces psychologiques laissé par une brûlure dépendent de la personne qui l’a subit. De son morale, de sa facilité à accepter les choses. Si on a réussi à faire le « deuil » de ça e de se dire que maintenant c’est comme ça, ça ira mieux plus facilement et rapidement. Plus vite on accepte plus vite on pourra aller de l’avant.

« Est-ce qu’il y a des choses aujourd’hui que vous ne pouvez ou ne voulez plus faire (par exemple la peur du feu maintenant)? »
Je n’ai pas de soucis avec le feu. Ce n’est pas quelque chose qui me fais peur ou par exemple je n’ai pas moins envie de faire un barbecue maintenant qu’avant. De nouveau je sais comment c’est arriver pourquoi c’est arrivé. Je n’aurais pas fait cette tâche comme cela personnellement mais voilà.
La mécanique j’en aurais refait mais là de nouveau c’est mes mains qui posent problèmes. J’arrive à bricoler mais des tâches qui demande de la précision avec les mains comme visser un écrou ne sont pas impossibles mais me demande plus de temps. Ou mettre une chemise me demande plus de temps à mettre, à cause des boutons.

«Vous avez dû faire une reconversion dans votre travail »
Je suis dans la mécanique mais dans la mécanique informatique. Transporter des ordinateurs des pièces etc…

« Aujourd’hui vous travailler ici au CHUV, est-ce pour une sorte de remerciement, de redevance au CHUV ou est-ce complètement par hasard ? »
C’est complètement par hasard. En fait j’ai refait ma formation, à la SUVA à Sion. Je cherchais un travail ici au CHUV, qui de base était un job d’étudiant. J’ai ensuite pris contact et j’ai commencé de travaillé. C’était un contrat à durée déterminée qui par la suite c’est transformé en contrat à durée indéterminé. J’ai été déclaré comme technicien. Du coup ce qui facilite mes « rendez-vous » de couloirs. Quand je croise le professeur je lui pose des questions pour de petites blessures et lui me pose des questions pour des problèmes qu’il rencontre avec son ordinateur. Des fois il me demande si je suis disponible pour aller parler avec un patient qui veut me rencontrer.

« J’ai vu dans le reportage de 36,9 qu’ils parlaient de l’hypnose, de mettre des patients réceptifs sos hypnose pour certains soins pour éviter la morphine ou autres médicaments. Est-ce qu’il y avait déjà ça lors de votre hospitalisation. Et que pensez-vous de l’hypnose ? »
Non il n’y avait pas ce « service ». Ça se mettait en place gentiment. D’ailleurs lors de mon hospitalisation un enfant était aussi là. Lui il bénéficiait de l’hypnose, c’était d’ailleurs le premier à en bénéficier. Moi je n’avais plus tellement d’opérations ou de gros soins donc cela ne m’aurait pas servis à grand-chose. On m’a dit par la suite que j’avais lors de mes oins une capacité à me mettre sous autohypnose pour gérer la douleur lors des sois ou des séances de physiothérapie. Je trouve que l’hypnose et une très bonne chose, surtout pour les enfants pour éviter la morphine, les anesthésies. Et surtout pour éviter une certaines dépendance à cette substances même si les dosages sont bien gérés.

« Donc si je récapitule 27 opérations, plus de 13\’000 cm2 de peau cultivé qui ont occupés pendant 6 mois le laboratoire du CHUV»
Oui 27 opérations majeures. Après il y a une centaine d’anesthésie générales.
Pour la culture de peau ils travaillaient que pour moi, ils n’auraient pas pu accueillir un autre patient autant brûlés que moi au même moment.

« J’ai vu que vous êtes un grand amateur de sport, il y a que 7% de votre corps qui peut transpirer, est-ce que c’est un danger lors d’efforts physique trop importants ? Est-ce que vous avez des méthodes pour faciliter ces efforts ? »
Je vais monter rapidement en température. Si par exemple il fait chaud dehors je vais faire de moins bonnes performances. Si je prends l’exemple de la course à pied, je trempe mon t-shirt dans une fontaine avant le départ pour gagner un petit peu de temps. Mais je sais que quand il fait jusqu\’à 17 degré je suis à l’aise, mais e dessus de cette température je dois commencer à gérer la température e mon corps. Je sens automatiquement quand mon corps de peu plus. Je n’ai encore jamais dû arrêter de courir, mais je dois ralentir, je suis obligé aussi au niveau du souffle, des pulsations. Je suis comme fatigué plus vite comme si j’avais fait un effort plus grand ou plus long que ce que j’ai fait réellement.

« Nous voyons aujourd’hui pleins de prévention pour les dangers de la route, de l’alcool, etc.. Pensez-vous qu’il faudrait plus de prévention pour les brûlures ? »
Je pense que faire trop ce n’est jamais très bon non plus. Peut-être ciblé un peu plus en fonction des périodes. Comme par exemple dans la période de noël ou au début de l’été avec les barbecues. De montrer comment agir en cas de brûlures.

« Une dernière question est-ce qu’il y a quelque chose que vous voudriez dire ou un message que vous voudriez faire passer aux personnes qui vont lire ce travail par la suite ? »
Je pense que le message que je voudrais faire passer c’est que la vie est belle et qu’elle vaut la peine d’être vécue. Que quoi qu’il arrive on ne se doute pas des ressources qu’on a et de ce qu’on est capable de surmonter. Que au final moi j’ai eu cet accident le premier mai 2000 mais que par la suite tout à bien tourné et puis je refais des choses aujourd’hui que jamais je me serais imaginer refaire un jour. On ne se doute as de ce que le corps est capable de surmonter et de nous aussi. J’ai un dernier exemple ; lorsque j’étais enfant je passais tous les jours devant un atelier de métallurgie. Quand je passais je voyais un homme qui était marqué sur la moitié du visage par une sorte de brûlure, ou comme si il avait des éclats sur le visage. Je me disais que jamais je ne pourrais vivre comme ça. Et voilà donc on ne sait pas ce que nous réserves l’avenir. La vie est belle et a vaut la peine de se battre pour la vivre.

Analyse des réponses de Monsieur Sébastien Maillard

Monsieur Maillard a bientôt passé plus de temps de sa vie en tant que personne brûlé qu’en tant que personne non brûlé. Je dirais que Monsieur Maillard a « bien vécu » son accident. Sa manière de penser m’a laissé sans voix et ma beaucoup ému. Une phrase que me restera en tête longtemps est :
« Si vous voulez aller de l’avant, il vous faudra accepter les choses tels quelles sont. »
Je dirais que le plus dur pour Monsieur Maillard est le fait qu’il ne puisse plus être bricoleur comme avant. C’était un homme touche à tout qui aimait le travail manuel. Au jour d’aujourd’hui il est ne lui est pas impossible de faire une activité, mais il sera limité et ralenti dans ses mouvements. Aujourd’hui Monsieur Maillard peut réaliser des exploits sportifs que même une personne qui n’a jamais eu de greffe de peau ne pourrait faire. Nous avons un magnifique exemple avec Monsieur Maillard que la brûlure n’arrête pas la vie. Il nous montre qu’il faudra du temps pour se remettre sur pied, que ce ne sera peut-être pas facile tous les jours. Mais que quand on veut on peut. Comme il l’a dit le plus dur ce n’aura pas été pour lui mais pour son entourage. Je pense que l’envie de se remettre sur pied vite et de son caractère aura aider Monsieur Maillard pour qu’il ne tombe pas dans une dépression ou qu’il ait une baisse de morale.

Interview de Monsieur Raffaele Grosso

« Bonjour est-ce que vous pourriez vous présenter en quelques mots ? »
Bonjour je m’appelle Raffaele Grosso, je suis fondateur de la brasserie artisanal de bière de Corgémont, je suis marié, j’ai un enfant de deux ans et j’habite à Bienne.

« Est-ce que vous pourriez m’expliquer votre accident et me donné le diagnostic qui vous à été annoncé ? »
Mon accident s’est passé pendant des jours de vacances que j’avais pris pour consacrer à la production à la brasserie. Lors d’une manipulation encore inconnu, la machine avec la cuve matière contenant environ 200l de bière chaude, qui a basculé. La machine ne m’a heureusement pas écrasé, sauf que j’ai reçu environ 170l de bière à 87 degré pour être exact. Car au moment de l’accident j’avais les yeux sur l’affichage de la machine et le premier reflex était de savoir la gravité si les secours me le demanderaient par la suite. Le diagnostic n’est pas venu tout de suite pour la simple et bonne raison que l’ambulance est venue environ 7 min après l’appel des secours. L’hélicoptère était sur Frinvillier et ne pouvait pas atterrir et tout s’est fait dans la rapidité, on m’a placé dans le coma artificiel sur place. Le diagnostic je l’ai donc reçu à mon réveil le 19 alors que mon accident s’est produit le 11.

« Est-ce que vous vous souvenez de toute l’accident ? »
Oui. Par morceaux je me rappel de tout. Car déjà la manœuvre que j’ai eu avec la machine je m’en rappel. L’accident lui-même, je me vois encore recevoir cette cuve dessus. Là j’étais lucide. Dans mon cas j’étais très « impératif » dans le sens où je faisais les 100 pas en attendant les secours. Il y avait deux personnes avec moi qui voyaient que je délirais. Je luttais contre la douleur, et le corps réagissait avec des phrases délirantes, ou des moments d’hyperactivité, c’était pour combattre la douleur. Ces moment-là particulièrement je ne m’en souviens pas très bien. Avant le relâchement complet, les secours m’ont demandés qui il fallait contacter comme proches etc… j’aurais alors répondu que ce n’était pas nécessaire que je raconterais ce qui m’est arrivé ce soir quand je rentrerais à la maison. Je ne me rendais donc pas compte de la gravité. Sinon je me rappelle de presque tout.

«Lors de votre réveil à l’hôpital, quelle ont été vos premiers ressentie, à quoi avez-vous pensez ? »
Alors, le réveil était assez spécial. Déjà quand j’étais intubé apparemment je me serais réveillé, mais je n’en ai pas le souvenir. Je me serais retirer la sonde, ils ont dû m’attacher un ou deux jours parce que je n’arrêtais pas de m’enlever les perfusions et le tube.
Le réveil pour ma part c’était un peu comme dans ces films ou l’on se réveil et on est dans un cercueil. On essaie se sortir on ne sait pas où l’on est et on ne peut pas bouger ni sortir. Je me suis réveillé j’avais le bras gauche très volumineux je ne pouvais pas le soulevé, je ne sais pas si c’était à cause d’un manque de force ou la médication qui faisait ça. Le bras droite lui était rempli de perfusions je ne pouvais non plus pas le bouger. Je tendais l’oreille, je ne savais pas où j’étais, l’environnement je ne l’avais jamais vu. Je connaissais l’hôpital de Bienne mais je n’avais jamais vu un autre hôpital. Je voyais des gens passer avec des blouses bleues, j’entendais un accent français, et je me demandais ou j’étais. Je me demandais ce qu’il m’était arrivé car je n’avais aucun souvenir e ce qu’il s’était passé à ce moment-là. Dans chaque chambre au centre des grands brûlés il y a une caméra. Ils ont donc vu que j’étais réveillé, et il y a une infirmière qui est arrivé. Elle m’a demandé si je savais comment je m’appelais, si je savais où j’étais. On m’a apporté un verre d’eau, et on m’a redemandé si je savais ce qu’il m’était arrivé. J’ai répondu que j’avais un souvenir que je m’étais brûlé, et ils m’ont répondu ; oui c’est juste vous êtes au centre des grands brûlés au CHUV. Ils m’ont ensuite demandé si je savais quel jour on était, j’ai répondu que non. Et on m’a annoncé que l’on était le 19.12 et que mon accident s’est produit le 11.12.

« Lorsque l’on vous à réexpliqué l’accident vous vous souveniez de ce qu’il s’était passé ? »
Par petits bout ça revenait oui. Mais c’est très dur. Car j’avais des souvenirs auditifs, comme les sirènes de l’ambulance quand nous sommes partis de Corgémont, je me rappelle du bruit des pales de l’hélicoptère lorsque nous avons décollé de l’hôpital de Bienne. Je me rappelais encore quand ils ont essayé de me couper l’alliance avec leur pince spéciale.

« Au jour d’aujourd’hui est-ce que vous devez encore prendre certains médicaments ou vous avez des soins réguliers ? »
J’ai de la physiothérapie. J’ai aussi des consultations des brûlés qui sont régulières. Au débit des très régulier ensuite tous les trois mois par exemple. J’ai subi une greffe de peau, donc ils doivent contrôler que tout s’est bien passé. Il y a des soins aussi également au centre de bain de Lavey qui sont prévus.

« J’ai appris que dès le réveil, des antidépresseurs sont prescrits »
Oui c’est juste des antidépresseurs du style Xanax. Après cela dépend beaucoup d l’état psychologique du patient. Moi c’est vrai que j’avais souvent des hauts et des bas. A force d’être dépendant du personnel hospitalier, il y a un vrai lien qui se créer.

« Au CHUV il est proposé de l’hypnose, est-ce que vous en avez bénéficié, si oui est-ce que vous étiez réceptif? »
Alors oui j’en ai bénéficié et j’ai été très réceptif. Pour tout vous dire j’ai été très réceptif à tous les traitements que j’ai eus. Tous ce qu’on m’a proposés j’ai pris et je m’y suis mis à fond dedans parce que j’avais qu’une seule envie c’était de sortir de l’hôpital et de rentrer chez moi. Et du coup lorsqu’on m’a proposé l’hypnose je voulais bien essayer. Car avec les médicaments selon les soins que l’on me prodiguait, certains faisaient moins bien effet que d’autre.
« Est-ce que maintenant ou plus tard, vous avez peur du regard des autres par rapport à votre brûlure ? »
Non, je me réjouis même de me mettre en costume de bain pour justement voir la réaction des autres. Je suis quelqu’un qui partage mon expérience et mon vécu. Car nous vivons avec un rythme effréné, toujours focalisé sur l’argent, sur accomplir des tâches tout le temps. On ne se rend pas compte que parfois en faisant beaucoup trop de choses on peut passer à côté de chose plus importante.

« Vous avez été aidé par l’association Flavie, par quels moyens et sur quel plan ? »
Moi j’ai eu beaucoup de soutien psychologique. Par l’une des fondatrices qui est infirmière. C’était surtout des échanges. Comme par exemple : « Comment est la vie après la brûlure ? » « Comment une personne brûlé se comporte dans son quotidien » « Comment le patient aborde le côté psychologique de la raison de sa brûlure ? ». Il y a des échanges entre brûlée de temps en temps même. J’ai eu des périodes assez difficiles, comme la période de Noël et nouvel an. Je me réjouissais de rentrer vor mon fils, et dans ces moments cette infirmière a réussi à trouver les bons mots pour m’aider.

« Est-ce que votre regard sur vous-même a-t ‘il changé ? »
Notre regard sur nous-même change dès que l’on a subi une greffe. Parce qu’enfaite on peut être brûlé au premier voir même au deuxième degré rien qu’en étant au soleil.
Par contre lorsqu’on est brûlé et nous sommes greffés, il y a quelque chose de différent. Nous sommes habitués depuis tout petit à voir notre corps d’une certaine façon, et on remarque que du jour au lendemain il a changé. Sans le vouloir surtout. Alors oui c’est clair que je me vois autrement.

« Et le regard de vos proches ? »
Non. Car quand votre physique change mais pas votre psychique, les gens se rappellent que vous avez eu un accident mais ne font plus une fixation sur votre physique. En plus j’ai eu la chance de ne pas être brûlé au visage donc c’est clair que ça aide. J’ai des vêtements compressifs mais les gens on l’habitude de me voir avec donc maintenant on me demande juste comment je vais et si ça va mieux. Je n’ai pas sombré dans la dépression dans une situation psychique extrême qui ferait qu’on change l le regard sur moi. Les gens me voient comme avant.

« Pour vous quel a été la chose ou l’étape la plus dure ? »
En fait c’est la chaleur c’est ce qui est le plus handicapant pour un brûlé. Le plus problématique c’est le soleil et la chaleur. Comme cet été, quand il y a eu des 34-35 degré j’ai souffert. Je ne savais pas ou me mettre. Vous avez chaud, donc votre corps il ressent que vous avez chaud, en plus j’avais une inflammation donc ça s’enflamme encore plus. Vous ne sentez pas de douleurs mais votre corps réagit on le voit qui commence à changer de couleur à devenir rouge. Le soleil fait mal après un trop long moment au soleil. L’été pour un brûlé ce n’est vraiment pas facile. Vous pouvez aller en montagne en étant brûlé c’est plus frais certes mais il faut se couvrir du soleil.

« Pourriez-vous dire que la brûlure a laissé une trace psychologique en vous ? »
Oui. Par exemple j’ai ce blocage sur les liquides chaud, ça c’est un blocage qui est pour l’instant fixe don j’ai un suivi post traumatique. Je ne peux pas approcher de trop près tout liquide chaud, ça me fais des flash-back de mon accident.

« Est-ce qu’il y a des choses aujourd’hui que vous ne pouvez plus faire ou voulez plus faire par rapport au regard des autres ? »
En ce moment c’est juste parce que c’est le rétablissement, car un brûlé pendant deux ans il n’a pas le droit de faire de sport car la peau doit se rétablir. Mais ensuite on peut recommencer la preuve Monsieur Maillard lui au jour d’aujourd’hui il fait la patrouille des glaciers. La brûlure n’empêche plus de faire quelque chose sauf pendant la période de rétablissement. Les saunas, les bains spéciaux ne sont pas faisables pendant cette période. Je peux recommencer la piscine moi maintenant mais pas trop longtemps, car je fais des mouvements répétés, et ceux-ci sont interdits. Car il faut que la peau garde son élasticité et pour se faire il faut rester plusieurs longues minutes dans la même position. On faisant des mouvements répétés ça peut faire des lésions. Mais mise à part ça on vous reprenez la vie de tous les jours.

« Et est-ce que vous avez un temps limités dans l’eau ? Car on voit souvent lorsque nous restons longtemps dans l’eau notre peau commence à flétrir. »
Non il n’y a pas de temps limité. Mais ce qu’il faut faire après chaque passage dans une piscine c’est de bien réhydrater la peau avec une crème bien grasse. Car ce que la peau brûlé « déteste » c’est être sèche.

« Est-ce que vous avez été dédommagé par l’AI ? »
Non je n’en ai pas eu besoin car je n’ai pas eu un long séjour hospitalier. Moi c’est la SUVA qui a pris en charge mon dossier je n’ai pas eu besoin de soutien financier car les soins à domicile ont été pris en charge par la SUVA. J’ai du juste acheté une planche pour faire les douches, sinon c’est la seule chose que j’ai dû acheter moi-même.
« Combien de temps au total aurez-vous passé au CHUV ? »
Du 11 décembre 2017 au 29 janvier 2018. Soit 49 jours.

« Est-ce que aujourd’hui vous pouvez encore travailler ? »
Oui absolument. J’ai même repris le travail à 50% mi-avril. C’était ma volonté de reprendre la vie de tous les jours rapidement. Parce que ce à quoi j’ai été confronté à mon retour à la maison, c’est qu’on me prenait pour un handicapé. On devait tout me faire, on préparait les chaussettes, le slip, le linge on devait tout faire pour moi. J’ai vécu ça à l’hôpital ce qui était normal. Mais à la maison je voulais reprendre la vie autonome que j’avais avant.

« Est-ce qu’il y a quelque chose qui a changé dans votre travail ? »
Oui ma vision. La façon dont je vois les choses. Mon employeur m’a beaucoup soutenu. Avant je faisais tout pour satisfaire les clients, pour qu’ils soient content, mais maintenant je fais tout pour me satisfaire moi d’abord.

« Maintenant à la brasserie est-ce que vous pouvez vous approcher des cuves ? »
Oui j’ai voulu tester quelle était ma sensation. Mais j’ai la scène qui se reproduit en boucle. Sous forme de ralenti. Et je me déconnecte de la réalité pendant ces moments, on pouvait me prendre mon sac, mon téléphone ou autre sous mes yeux je n’aurais rien vu. Lors de ces flash-back j’étais présent sous la forme physique mais mon esprit n’était pas présent à ce moment. Une sorte de rêve mais réveillé.

« On voit beaucoup de prévention contre l’alcool, le tabac, etc… Mais peu pour les brûlures. Pensez-vous qu’il faudrait faire plus de prévention ? »
Oui il faudrait en faire plus. Pas tout le monde sait par exemple, que si vous laisser votre enfant seul 1 min et qu’auparavant vous vous êtes fait un café et que vous l’avez posé devant lui. En partant et en le laissant seul 2 minutes, et que l’enfant se l’a renverse dessus il peut être brûlé au deuxième voir au troisième degré. Et lors de mon hospitalisation j’ai entendu une famille qui avait amené un bébé qui s’était brûlé avec du thé. Il devrait y avoir une campagne de sensibilisation qui met en garde les parents sur les dangers des gestes du quotidien. Je sais aussi que la SUVA fait aussi de la prévention pour des professionnels. Mais c’est seulement dans le domaine du travail, il n’y en a pas pour le public. J’ai été le premier brulé autant grave dans une brasserie artisanale, donc la SUVA et moi sommes en contact pour faire un prospectus de prévention pour les brasseries. Les retours de flammes lors de grillades sont aussi fréquents, il faudrait faire de la prévention lorsque la saison de grillades est de retour. Pour l’hiver faire de la prévention avec les bougies par exemple aussi.
« Sébastien Maillard m’avais dit lors de son interview qu’il fallait aller de l’avant pour aller mieux, que ce qui est arrivé c’est arrivé on ne pourra de toute façon pas revenir en arrière. Etes-vous du même avis ? »
Alors oui totalement il faut aller e l’avant, il faut changer ses habitudes, il faut s’adapter. Beaucoup de choses ont changés, ma vision du travail elle aussi à changer. Je change d’employeur le 1er janvier, c’est aussi pour moi psychologiquement de pouvoir me dire, que j’ai passé le cap d’une année après mon accident, maintenant je passe é u nouveau chapitre et je passe à autre chose. Je reste dans la même branche mais je fais quelque chose de plus « détendu ». Nous les brûlés avons tous une chose en commun c’est que nous avons dû changer quelque paramètres pour se dire que notre corps a changé que notre vie va changer.

« Est-ce que vous pouvez dire que cet accident a changé votre manière de voir les choses ? »
Absolument oui. Aujourd’hui quelqu’un qui me dit qu’il veut quelque chose et que moi je ne peux pas le faire, je vais plus essayer de tout faire pour le satisfaire. Que ce soit un client ou la famille. Je ne vais plus me mettre dans des états pour trouver une solution, sinon mon corps réagit tout de suite. Je perds patience je deviens vite fébrile. De tous petits problèmes de petites prises de tête je n’ai plus envie de les entendre.

« Est-ce qu’il y a quelque chose que vous voudriez dire aux personnes qui pourraient lire ce travail par la suite ou un message que vous voudriez faire passer ? »
Le message est simple, on a le droit de se mettre de la pression, d’en donner ou en recevoir. Sauf que le plus important c’est de savoir écouter son corps, sa tête et aussi ces proches. Par fois ça peut être trop tard. Ce jour-là heureusement que je n’étais pas tout seul, sinon je ne sais pas ce qu’il se serait passé. On doit faire ce qu’on a envie de faire parce on peut tous les jours passer à côté d’une fatalité, et il ne faut rien regretter.

Interview du personnel soignant du CHUV

Pour ce faire je vais retranscrire les questions, et un condensé des réponses que m’ont donné les membres du personnel soignant de l’unité des grands brûlés.

• Depuis combien de temps travaillez-vous dans le service des grands brûlés ?
La moyenne des réponses que j’ai obtenue et d’environ 14 ans.
• Avez-vous suivi une formation spécifique ?
Plusieurs on fait une formation de base puis par la suite une spécialisation et certification en soins intensif. Pour une infirmière en particulier elle a suivi une formation en brûlologie à Paris. Il n’a à pas de formation en Suisse. Mais elle me dit qu’on apprend la plupart des choses sur le terrain.
• Comment vous y prenez vous pour annoncer le diagnostic à un patient ?et/ou la manière dont leur accident s’est produit ?
Déjà ce qu’il faut savoir c’est qu’en général les personnes qui arrivent dans notre service sont dans un coma artificiel. Les annonces à la famille se font en salle de colloque. Et lorsque le patient se réveil il se rend compte un peu lui de l’étendue de ses blessures. On lui précise que les plaies qu’il possède peuvent encore évoluer que ce soit dans le positif ou le négatif. Le réveil peut s’étaler sur 24h à une semaine pour que le patient soit bien conscient. Il n’est pas non plus rare que l’on doit répéter plusieurs fois le diagnostic à un patient. Il ne s’en souvient pas de ce qu’il s’est passé ou des ses blessures, et lorsque l’on lui annonce de nouveau l’émotion et toujours autant grande comme la première fois. Leur pronostic vital est engagé dans les 24-48 premières heures. Pour l’annonce à leur réveil on leur explique ou ils sont pourquoi ils sont ici, on leur raconte leur accident. On me rapporte aussi souvent qu’à part rester à leurs côtés on ne peut pas faire grand-chose d’autre.

• Un psychologue vous assiste-t-il ? si oui comment et dans quel but ?

Il n’a a pas de psychologue fixe pour le centre des grands brûlés. Il y a des psychologues de liaison. Ils se trouvent dans l’hôpital et on peut demander leur aide pour des patients qui le désirent on que le personnel soignant juge son intervention nécessaire. Deux fois par semaine un psychologue assiste au colloque et lui aussi peut décider de suivre un patient.

• Quelles sont en général les réactions après le réveil des patients ? est-ce qu’une de ces dernières vous a marqué ?

Les patients ne se réveil pas instantanément il y a une période nébuleuse, une période de transition entre le réveil et un état de conscience. Les réactions sont différentes en fonction de l’âge de la personne, la nature de l’accident par exemple une tentative de suicide par immolation. Les réactions les plus fréquentes sont :
 une hyperalgie, c’est le fait d’avoir très mal au moindre mouvement ou à la moindre pression
 la dépression
 une hyper motivation. Des patients qui sont sur motivés à se remettre en jambe
Les réactions aux soins intensifs c’est plutôt de la survie. Les patients luttent contre leur douleurs, ils ne pensent pas forcément à autre chose qu’a se battre pour survire. Le côté psychologique des réactions ne sort pas directement il fera apparition sur le long terme

• Est-ce que vous proposez des séances d’hypnose pour certains soins ?
Oui. Nous contactons l’équipe d’hypnose quand nous voyons que les patients sont réceptifs. Nous utilisons l’hypnose pas exemple pour les soins à la douche ou plus simplement pour des changements de pansements. L’hypnose nous permet de réduire les doses de médicaments et que les patients de deviennent pas dépendant de substances comme la morphine

• Quelles sont les types de brûlure les plus fréquentes ?

Les brûlures thermiques représentent 90% des cas (flammes et liquides). Après nous avons des brûlures un peu plus rares comme des brûlures chimiques. Chez les jeunes les brûlure les plus fréquentes sont duent à des brûlure avec des liquides brûlants. Chez les adultes se sont les brûlures par flammes, et chez les personnes âgées les liquides bouillants également. Les liquides bouillants chez les personnes âgés se sont des brûlures conséquentes. La plus part du temps ce sont des personnes qui glisse sous la douche et qui tourne le robinet d’eau chaude, et qui une fois à terre se font brûler par l’eau bouillante.

• A partir de quel moment est t’il nécessaire de faire une greffe ?

Ce sont des spécialistes qui disent lorsqu’une greffe est nécessaire, mais en général lors d’une brûlure du troisième degré et du deuxième degré profond. Et lorsque la brûlure est bien délimité et pas infecté. Le choix de la greffe se fait après plusieurs jours.

• Pourriez-vous m’expliquer le processus de culture de peau ?

Une biopsie de peau est effectuée chez le patient, elle sera envoyée au laboratoire. Le laboratoire va mettre en culture cette biopsie, et va faire proliférer certaines cellules. A la fin de cette étape nous obtenons un feuillet de couche de peau qui sera déposer sur une bande en tissus spéciale, et appliqué sur la plaie du patient. La nouvelle peau va coloniser la peau et va en créer une nouvelle.

• Quel a été le cas le plus lourd que vous avez traité ?

Chaque patient nous marque d’une façon ou d’une autre. Car ils sont chez nous longtemps, car les premiers jours étaient difficiles, ceux qui sont beaucoup brûlés. On se souvient de presque chacun de nos patients.

• Est-ce que dans certains cas ou certaines situations, les brûlures que vous avez soignées ont affecté votre vie personnelle ?

Oui. Involontairement chaque brûlure affecte notre vie personnelle. Une personne brûlé par électricité en changeant une ampoule, on va avoir peur de changer une ampoule par la suite. Où une personne qui est brûlée par un retour de flamme on ne va avoir peur de se brûler en faisant un barbecue. On devient un peu parano et on s’imagine tous les scénarios possibles.

• Est-ce que les patients auront des restrictions dans leur quotidien post-hospitalier ?

Oui pas d’exposition au soleil, le port de vêtements compressifs, chirurgie de correction, rééducation. Mais ce sont des restrictions transitoire, elles ne dureront pas toute la vie

• Est-ce que par la suite les patients peuvent courir certains risques ?

Oui la peau qui ne transpire pas. Une diminution de la capacité respiratoire. Les patients peuvent aussi avoir de troubles du stress, commencé à paniquer à la vue du feu ou autre. La peau cicatrisée après les brûlures est sujet à des allergies ou des cancers

• Pensez-vous qu’il y a assez de prévention dans le domaine des brûlures ?

Non. Par exemple cet été il y avait un spot de pub pour une grillade ou l’on voyait quelqu’un qui mettait de l’alcool à brûler sur le feu et tout le monde était content et riaient, ce n’est pas bien par exemple. Il y a de la prévention quand on peut vendre un produit mais sinon non. Les détecteur incendie par exemple en suisse ne sont pas obligatoire dans les foyers ce qui peut être dangereux. L’alcool à brûler est autorisé et ce n’est pas bien, il y a bien d’autre chose pour allumer un feu qu’une de ce liquide inflammable. Il y a de la prévention mais pour ceux qui s’y intéressent, donc le public n’est pas forcément prévenu

Réponses de Madame Alyssa Ryter psychologue pour l’association Flavie
1) Comment la Brûlure agit-elle sur le plan psychologique ?
Pour madame Ryter la brûlure est non seulement une atteinte physique au niveau de la peau, du corps, mais aussi sur le plan psychologique. Selon une théorie plutôt psychanalytique, le corps et plus principalement la peau du corps sert d’enveloppe au contenu physique que l’on a (organes) mais aussi du contenu psychique. La brûlure va casser cette enveloppe et mettre la personne à vif et une sensibilité ce créé par le biais de cette ouverture-là.
On peut donc faire le lien avec la brûlure. La brûlure forme un trou dans la peau, et cette brèche est la même au niveau psychologique. Cette brèche fait que l’on peut être beaucoup plus sensible. On est aussi moins imperméable à ce qu’il se passe autour de nous.
2) Pourquoi les personnes brûlées sont sujet à une dépression ?
La dépression chez une personne brûlée dépend de l’âge de la personne, du sexe, de son appartenance religieuse ou social, de son milieu de vie de son pays. On ne peut pas dire que toutes personnes brûlées on le même risque de faire une dépression après leur accident.
En manière général pourquoi les personnes brûlées sont plus sujet à faire une dépression. Il y beaucoup de facteurs qui peuvent amener à une dépression après une brûlure. Il y a le stress post traumatique, le choc émotionnel. Ensuite ce qu’il est lié à l’hospitalisation, des souvenirs difficiles par rapport aux soins reçus, car il faut savoir que les soins de grands brûlés sont assez « sportifs » et pas les plus agréables. Il y a un part de l’estime de soi qui est très fragilisé après une brûlure, surtout pour des personnes brûlées sur des parties visibles comme le visage ou les mains, avants bras etc…
Du point de vue de madame Ryter, le dernier facteur est quelque chose qui peut amener plus à une dépression. Car les autres facteurs pourraient plutôt mener à des troubles anxieux. La dépression est renferment sur soi, qui serait liée justement à la perte de l’estime de soi ou le mal être de la personne dans son corps.
3) Comment aider un patient victime de dépression ?

Sources
https://www.chuv.ch/fr/brulures/brul-home/patients-et-familles/comprendre-la-brulure/ (site consulté le 29.06.2018)
https://www.nmmedical.fr/soins-des-plaies-klinion/les-pansements-hydrofibres/ (site consulté le 03.07.2018)
https://www.flavie.ch/ (site consulté le 04.11.2018)

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