Varennes et l’origine de la Terreur, Timothy Tackett

Le roi s’enfuit
Varennes et l’origine de la Terreur, Timothy Tackett

Introduction
L’auteur: Timothy Tackett est un historien américain né en 1945, spécialiste de la Révolution française, professeur d’Histoire à l’université de Californie. Il est partisan de la thèse selon laquelle ce sont les circonstances qui ont conduit à la terreur, s’opposant ainsi à ceux des historien qui prétendent que, dès son origine en 1789, la violence était inscrite dans la Révolution. il est l’auteur d’ouvrages tels que Par la volonté du peuple: comment les députés sont devenus révolutionnaires (1997) et Religion, Revolution and régional Culture (1987) qui présente la Constitution civile du clergé en 1791 comme un. « Événement traumatisant » (antithèse de l’ « événement fondateur ») qui divise pour longtemps le champ du politique et du religieux.
On doit la préface de ce livre au célébré historien français Michel Vovelle. Né en 1933 et mort en 2018, il est spécialiste du XVIIe et XVIIIe siècles. Michel Vovelle est professeur émérite à l’Université de Paris I. Ancien directeur de l’institut d’histoire de la Révolution, il est l’auteur de très nombreux ouvrages parmis lesquels La découverte de la politique, Recherches sur la Révolution, Les colloques du Bicentenaire. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, appartenant au courant marxiste, il a réhabilité dans les années 1990 le rôle de l’acteur individuel, jusque-là écrasé par les contraintes économiques et sociales.

Timothy Tackett Michel Vovelle

L’ouvrage: « Dans un livre déstiné en partie à un large public, il était important de présenter une version mis à jour de cette aventure ». C’est de cette manière que Timothy Tackett introduit son ouvrage dans le libre propos. Nous sommes donc en présence d’un essai de vulgarisation qui ce veux compréhensible par tous. Écrit en 2004, cet ouvrage décrit avec minutie le déroulement de cet événement historique qui a marqué le passage de la royauté à la république. L’auteur se base sur divers sources allant de lettres à des ouvrages de références comme ceux de Furet mais surtout sur des annales municipales, départementales, nationales ou parlementaires ainsi que les Annales de la Révolution Française qui sont une source fiable et de qualité et enfin il se sert aussi de ses ouvrages antérieurs. De plus, une documentation iconographique ponctue ce livre qui se découpe en huit grands chapitres eux même subdivisés en sous parties, précédés d’une préface de Michel Vovelle et d’un avant-propos de l’auteur qui se termine par une conclusion:

Chapitre 1: Sire, vous ne pouvez pas passer
Chapitre 2 : Le roi des français
Chapitre 3: Le roi prend la fuite
Chapitre 4: Notre bonne ville de Paris
Chapitre 5: Les pères de la nation
Chapitre 6: Peur et répression dans les provinces
Chapitre 7: Juger un roi
Chapitre 8: Les mois et les ans qui suivirent

Le contexte historique: L’objet de cet essai, écrit par Timothy Tackett est de déterminer comment la Révolution française peu sanglante à l’origine, s’enferme dans la terreur quatre ans plus tard ? L’historien prend comme point d’appui l’arrestation du roi en fuite à Varennes, qui est selon lui un événement majeur vers la terreur. Alors que les historiens ont souvent vu cet événement comme un épisode secondaire de la période révolutionnaire, on constate qu’avec le temps l’événement à marqué les esprits des intellectuels. L’historien et Romancier Alexandre Dumas le percevait d’ailleurs comme «  l’événement le plus considérable de la Révolution française, et même de l’histoire de France ».
Dans ce livre, l’historien américain organise sa démonstration autour de deux axes: Le premier vise à montrer l’impact que la fuite du roi a eu sur la nation; le second réinscrit l’événement dans le déroulement de la Révolution et tout particulièrement dans l’apparition de la terreur. Néanmoins l’auteur ne fais pas de la fuite de Louis XVI la cause direct du développement de la violence d’Etat en 1793-1794. Mais il rappelle qu’elle a produit un grand traumatise sur la population, qu’elle a renforcé l’augmentation des tenants de la conspiration contre-révolutionnaire et qu’elle a entraîné une paranoïa qui a amené, dans les semaines suivantes, à violer les droits de l’homme. En clair, dans ce livre Timothy Tackett démontre à travers le prisme social et politique comment la fuite du roi à boulversé une population française en plein questionnement sur son avenir.

Analyse critique

I) L’illustration du divorce entre le roi et le peuple

A travers une démarche narrative vivante et tout en évitant un certain lyrisme, Timothy Tackett parvient à construire une « histoire-récit » qui par le poids de l’événement ce transforme en une « histoire-problème ». Dans un essai divisé en huit chapitres organisés de façon quasiment cinématographique, L’historien débute par un portrait de la bourgade de Varennes, qu’il tente de décrire comme une personne physique et sensible. Selon Timothy Tackett en 1789 un sentiment patriotique s’empare des habitants au point d’applaudir le roi lors de la fête de la Fédération du 14 juillet 1790. Néanmoins il met en lumière une intérrogation: Que s’est-il donc passé pour que des villageois anonymes s’opposent au passage du roi ?
Dans ce premier chapitre intitulé « Sire, vous ne pouvez passer », on comprend que se qui inquiète plus que tout les habitants c’est une invasion étrangère. C’est d’aillleurs pour cette raison qu’ils portent une grande attention aux mouvements des troupes qui devaient protéger à distance le voyage du roi. Ainsi selon l’historien, plusieurs conclusions peuvent être dégagées des protagonistes du 21-25 juin 1791. Tout d’abord en ce qui concerne le roi. En voyageant les rideaux ouverts, on voit bien son incapacité à comprendre le véritable sens de la Révolution. Il ne peut s’empêcher de prendre la mesure de sa popularité, s’obstinant à croire que la révolution n’a touché qu’une infime partie du microcosme parisien entraîné par quelques députés radicaux. En revanche du coté de la population on perçoit un profond changement psychologique qui a opéré entre 1789 et 1791, les français ne se sentent plus « sujets » mais « citoyens ».
Le chapitre 2 intitulé « le roi des français » soulève un paradox majeur: Louis XVI n’est plus, à partir du moment où il approuve la constitution, roi de droit divin en son royaume. En refusant de réprimer par le sang la Révolution, Louis XVI renonce à ses attributions. Ce dernier, vivait donc une dépossession croissante des droits absolus de la royauté. Tackett réalise le portrait d’un roi coincé dans un dilemme entre conviction et responsabilité. Il est soumis au préssions de son épouse et des anti-révolutionnaires qui sont très proches de lui. L’historien le décrit ensuite comme un homme intelligent et instruit qui accorde une grande importance à l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert. Par la suite, l’auteur explique L’invasion populaire de Versailles comme l’une des raisons du divorce prononcé entre le roi et le peuple. A ce moment, la famille royale est convaincue de la honte de son abaissement mais aussi des dangers qui pèsent sur sa vie. A partir de ce moment, les préparatifs de la fuite commencent, avec l’aide de Fersen, pendant que le roi simule délibérément la parfaite entente avec l’assemblée. Le roi prend donc la fuite malgrè la mise en garde de l’ambassadeur d’Autriche Mercy-Argenteau qui a tenté d’en dissuader le roi et la reine en leur expliquant qu’une telle décision « déciderait irrévocablement du sort de la monarchie. »

II) Un événement lourd de conséquences

Dans le chapitre 3 « le roi s’enfuit », Timothy Tackett met en évidence les conséquences de la tentative de fuite du roi. Selon l’historien, si le roi et sa famille avaient réussi à fuir, la France aurait subie de toute évidence une guerre civile et une invasion étrangère. En ce qui concerne Louis XVI son image s’est considérablement dégradée , le peuple a cessé de le comparer à Henri IV père de la nation, il est désormais perçu comme un nouveau Charles IX avec l’étiquette de Parjure de la nation. En province, l’image de Louis XVI se détériore également. Le mot « roi » est retiré des serments, et remplacé par « l’assemblée nationale ». L’annonce de la fuite du roi vers l’étranger rend évident l’existence d’une menace aux frontières et alimente la peur d’une imminente invasion. Un sentiment de soupçon envahit la population, notamment envers les officiers des forteresses frontalières. A cette crainte de l’invasion étrangère vient s’ajouter la peur de l’ennemi « de l’intérieur », c’est-à-dire la noblesse et le clergé. Là encore, c’est la même peur qui se retrouvera deux ans plus tard au moment de la terreur. Les autorités locales prennent donc des mesures « exceptionnelles », vu les circonstances, dirigées contre les « ennemis de l’intérieur » mais en violant la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.
Du coté de l’assemblée, un sentiment d’échec s’empare des députés. Ces derniers, travaillent depuis deux ans à l’élaboration d’une monarchie constitutionnelle, la fuite du roi constitue donc un échec cuisant. Ils sont consternés lorsqu’ils prennent connaissance de la lettre laissée par le monarque avant de partir et dans laquelle il rejetait clairement toutes les réformes faites depuis 1789. Ainsi la constituante prend tout une série de mesures sans l’approbation du roi. Les députés se justifie en mettant en avant que le roi n’est plus à paris. Ainsi, la terreur commence à s’installer progressivement. Timothy Tackett s’attarde ensuite sur les députés dans le chapitre 5 « Les pères de la Nation ». Leur rôle est primordial après les événements du 21 au 25 juin 1791. En effet ils doivent gérer un inter-règne pendant la fuite et dans les jours qui suivent. Dans le vide juridique du moment s’invente une république qui prouve sa visibilité. Si Bernave et les Feuillants s’opposent aux jacobins et surtout aux cordeliers pour maintenir la monarchie, c’est bien dans un pari avec Louis XVI pour arrêter la Révolution dans sa pente démocratique.

III) Les prémices de la terreur

Dans le chapitre 8 « les mois et les ans qui suivirent », Timothy Tackett examine les correspondances des municipalités et les enquêtes demandées par l’assemblée. L’historien constate la montée d’un autoritarisme au sein des pratiques de gouvernement et de contrôle des administrations publiques ainsi que des citoyens pour mesurer l’état de l’opinion publique. Les constituants ont accepté de prendre des mesures qui vont à l’encontre de la légalité, de procéder à une première levée en masse et d’envoyer dans les départements des représentants chargés de contrôler le pays. Selon Tackett, Carennes a permis le dévoilement des complots et des conspirations qui était à l’œuvre dès le début de la Révolution. Ainsi, la peur de la conspiration et la haine des anciens ordres privilégiés ne sont donc pas toujours une simple obsession. En effet, l’événement de Varennes a mis en lumière la duplicité du roi montrant ainsi que le trône était vide et que l’assemblée n’avait pas encore su prendre complétement le pouvoir, dans toutes ses dimensions. Une peur de l’anarchie s’installe au sein de la population, on se pose la question de savoir si l’on grade un régime monarchique, ou si l’on décide de passer à la République. La discussion est rude dans toutes les villes de provinces, à Nantes on souhaite détrôner le roi sans renverser la monarchie, à Montpellier c’est la République qui est envisagée. La décision de l’assemblée tombe. Le roi est alors disculpé, mais l’approbation populaire n’est en rien synonyme de soutien au roi, cela relève plus du devoir d’obéissance. Selon Timothy Tackett, de nombreux citoyens sont véritablement déchirés par les enjeux politiques, car ils craignent que si l’assemblée touche à la monarchie cela ne deviennent l’anarchie. Selon l’historien, la tentative de fuite du roi à métamorphosé la société française au point de faire naître à partir de ce moment l’idée d’une République.
Ainsi, cette véhément historique a boulversé la politique française mais également les mentalités. Timothy Tackett explique que la Terreur et la violence d’Etat aurait été évité si le roi avait adhéré à la constitution, mais sa fuite a déstabilisé l’équilibre précaire de l’état et renforcé les arguments de ses opposants qui s’appuyaient sur la paranoïa de la conspiration. Dans sa conclusion l’historien explique néanmoins que la fuite de Varennes n’est pas elle même la cause directe de l’émergence de la violence de la Terreur car en 1791 il n’y a avait pas de Comité de Salut public, pas de tribunal révolutionnaire, pas de guillotine et la guerre n’était pas encore arrivée. Dans son essai, l’historien ne fait pas de la fuite de Louis XVI la cause direct du développement de la violence d’Etat en 1793-1794. Néanmoins il rappelle qu’elle a produit un grand traumatisme sur la population en renforçant l’augmentation des tenants de la conspiration contre-révolutionnaire et qu ‘elle a entrainé une paranoïa qui a amené, dans les semaines suivantes, à violer les droits de l’homme, préfigurant la Terreur. Autrement dit, la fuite du roi a pronfodément transformé le climat social et politique de la France, ouvrant une vie dangereuse vers l’avenir.

Conclusion
En conclusion, l’événement de Varennes ne permet pas d’établir une simple causalité linéaire entre la fuite du roi et la suite des événements de la Révolution, dont elle rappelle opportunément le caractère contingent et imprévisible. La monarchie constitutionnelle aurait été viable si le roi avait adhéré sincèrement au projet du régime libéral institué par les français en 1789, mais la fuite du 21 Juin déstabilise durablement l’Etat et la société et donne du crédit aux rumeurs de conspiration généralisée, du roi, des émigrés et du clergé réfractaire. Ainsi, les dirigeants révolutionnaires intériorisent cette paranoïa qui leur fait franchir le seuil de la violence d’Etat et préfigure la psychologie et les procédés de la Terreur, ainsi qu’une périlleuse aisance profonde transformation du climat social et politique de la France.

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