Japon

Introduction.

Le pays du soleil levant, la troisième puissance économique mondiale, le pays de la robotique ou encore le pays avec l’un des plus faibles taux de chômage au monde doit pourtant faire face à un problème majeur : le vieillissement de la population. En effet 26% des japonais ont plus de 65 ans. Plus alarmant encore, le ministère de la santé japonais a estimé qu’en 2050 la population de la nation aura diminué de 25% passant de plus 127 millions en 2005 à 95 millions en 2050. Ainsi les séniors représentent une part importante de la société, d’ailleurs le troisième lundi de chaque mois de Septembre se tient le « Keiro no hi » soit la journée de respect pour les personnes âgées. Cette fête existe depuis 1947 et est célébré en l’honneur des personnes de plus de 70 ans ainsi que leurs actes pour le pays. Cependant, d’après le ministère nippon de la Santé, entre six et sept millions de personnes âgées vivraient avec moins de 120 000 yens (1035 euros) par mois, soit 25,4 % des plus de 75 ans vivent en dessous du seuil de pauvreté contre 16,1% pour la moyenne des pays membre de l’OCDE. Ainsi, entre solitude et précarité économique comment les séniors japonais survivent-ils ?la
La précarité économique.

L’environnement culturel au Japon.

La tradition nationale dans le pays nippon a tendance à glorifier l’effort, ainsi les individus ont souvent l’envie de conserver un emploi jusqu’à un âge avancé. Le travail permet de créer des liens avec leurs clients ou avec leurs collègues. De plus l’expérience au Japon joue un rôle majeur dans le milieu du travail, glorifiant ainsi les personnes âgées très expérimentées due à leurs nombreuses années de travail. C’est ce qu’on appelle le « choix du vieillissement actif ». Elles sont d’ailleurs très demandées sur le marché de l’emploi. Plus de 10% des salariés ont dépassés l’âge de la retraire, à titre de comparaison c’est onze fois plus qu’en France.
Cependant, une pression sociale s’est formée sur les personnes âgées. En effet, de vieux dictons populaires comme « qui ne travaille pas ne mange pas » renforce l’idée de honte de ne pas travailler. Enfin, le travail serait synonyme de bonne santé physique et psychologique.
Il faut aussi préciser que le Japon repose sur des traditions en matière « d’organisation familiale » en effet, l’homme travail pour subvenir aux besoins de sa famille. Ainsi se forme une pression tant sur les Hommes que sur les Femmes.

L’environnement politique et économique au Japon par rapport à l’emploi des séniors.

Depuis 2018, le gouvernement du premier ministre Shinzo Abe a repoussé l’âge du départ à la retraite pour les fonctionnaires à 80 ans. Bien que cette mesure s’applique uniquement aux fonctionnaires volontaire cette mesure peut, en comparaison avec la France, paraître extrême. En effet en France l’âge légal est de 62 ans. Prenons la loi de 1963 sur l’action sociale publique en direction de la vieillesse qui responsabilise les séniors de participer aux activités sociales, toujours avec le même motif : leurs expériences et leurs connaissances. Ces décisions politiques forment cette pression sociale dont nous parlions précédemment. De plus le système de retraite au Japon se base sur la solidarité intergénérationnelle, or en 2008, l’ex premier ministre Taro Aso déclarait : « Pourquoi devrais-je payer pour ceux qui ne font que boire, manger et ne font aucun effort ? » contraignant ainsi les plus âgées de ne pas se reposer malgré une vie de travail.
Dès 1971, des quotas de travailleurs de plus de 45 ans sont prévus. Ces quotas évoluent en 1976, ainsi 6% des travailleurs dans une entreprise doit avoir au moins 65 ans. En 1978, un dispositif de subventions est mis en place pour favoriser l’emploi des 55-64 ans.
En 1986 apparait la loi sur « la stabilisation dans l’emploi des travailleurs âgés », elle demande aux entreprises privées de retarder l’âge du départ à la retraite des salariés de plus de 60 ans en échange de subventions pour les entreprises, et par un amendement promulgué en 1998, cette loi est devenue une obligation. Enfin en 2004, un nouvel amendement oblige les entreprises à mettre en place l’âge de la retraite à 65 ans.

En somme, les politiques publiques d’emploi favorisent le maintien en activité des séniors.

Cependant, en contrepartie des allocations sont versées aux séniors comme celle de la poursuite d’activité des séniors qui s’adresse à ceux qui ont poursuivis leur activité au-delà de 60 ans. Elle demeure toutefois assez faible puisqu’elle ne remet aux séniors que 15% du salaire.
Au niveau des entreprise aussi certaines mesures sont appliquées. À partir d’un certain âge, l’augmentation régulière des salaires s’arrête. Ainsi on privilégie le salaire en fonction des performances du salarié et non en fonction de l’ancienneté.
De plus en fin de carrière (vers 50 ans) les entreprises appliquent une baisse de salaire. Elle se justifie par l’allègement des responsabilités. Puis une seconde baisse, qui intervient vers 60 ans. Elle se justifie par le changement de statut de l’employé. Enfin ils passent d’une rémunération mensuelle à horaire.
Cependant il existe le système de préretraite maison, il consiste à proposer à l’employé des avantages financiers en échange d’un départ volontaire à la retraite. Ces sommes versées peuvent représenter plusieurs mois voire plusieurs années de salaire. De plus dans le milieu des grandes entreprises il n’est pas rare qu’une pression se forme sur l’employé âgé pour qu’il parte à la retraite. Alors comment s’organise le quotidien des séniors avec des politiques contradictoires qui soit encouragent le départ à la retraire ou alors le retarde ?

Le quotidien des séniors japonais.

En effet, outre la pression sociale, certaines personnes âgées se retrouves contraintes de travailler pour pouvoir manger ou payer leur loyer si elles sont locataires. De nombreuses personnes âgées vivent avec uniquement la pension de la Caisse nationale des retraites, dont le montant est souvent inférieur à celui du revenu minimum public. Lors de la catastrophe de Fukushima, de nombreux séniors ont été engagés car peu de jeunes ont postulés. En effet, à Tokyo par exemple, les prix des loyers peuvent être assez élevés alors les séniors, ne touchant qu’une faible retraite se retrouvent contrait de travailler pour pouvoir continuer à vivre normalement. Des acteurs en matière immobilière offre des logements à prix cassés. Or, ce sont souvent dans des conditions désastreuses. Malgré le prix attractif (102 500 yens soit 884 euros) et le repas offert, les logements étaient souvent insalubres avec seulement un lit superposé et un repas peu diététique ainsi que difficile à manger.
Cette précarité économique influe également sur le pouvoir d’achat des séniors. Ainsi, nous observons une hausse du taux de séniors inculpés pour vol. Principalement, il s’agit de vol de nourriture pour pouvoir manger. Malheureusement, ces personnes qui en sont réduites à voler pour pouvoir manger, se retrouvent emprisonnées. Or, les prisons ne sont plus perçues comme mauvaises par les séniors mais comme un endroit où les conditions de vie sont meilleures.
D’autre part ceux qui trouvent un emploi sont la plupart du temps très précaires, entre travail intérimaire et travail insalubre.

La « Silver Economy »

La part des séniors dans la population totale est tellement importante, qu’une « Silver Economy » s’est développée. Également appelée « marché des séniors » et concerne les produits et services destinés aux personnes âgées.
Par exemple, en 2012, au Japon, la société Unicharm Corp, la plus grande entreprise de fabrication de couche du pays, annonçait que leurs couches pour adultes se vendaient mieux que leurs couches pour enfant.
D’ailleurs le terme de « Silver Economy » est apparu en premier au Japon.
Ainsi, ce nouveau marché laisse place aux entrepreneurs d’exploiter de nouvelles opportunités économiques. Les robots d’aides à la personne sont valorisés, le taux d’utilisation des smartphones chez les séniors étant plus élevé au Japon (23,2%) cela ouvre le marché a une population jusque là exclue. Au japon elle est estimée à plus de 692 milliards d’euros. Ainsi les grands groupes optent pour des pubs avec des modèles aux cheveux clairsemés (d’où le nom « silver », en référence aux cheveux des personnes âgées).
En parallèle de la « Silver Economy », mais aussi de manière générale pour toute la population, il est possible de louer un ami, un « papa » ou une « maman » qui vient combattre la solitude de l’individu. En effet, ces personnes qui reçoivent de l’argent en échange d’un moment avec la personne prennent leur rôle très à cœur. Cela représente, certes, une énième opportunité économique liée aux phénomènes démographiques, mais ce contact humain débouche parfois sur une réelle amitié entre les deux individus.

La précarité relationnelle des séniors japonais.

Les décès solitaires.

Le « kodokushi », est malheureusement de plus en plus fréquent. Le manque d’accompagnement des familles conduit les séniors à mourir seul. On en dénombre 30 000 cas par an dans tout le pays, soit une augmentation de 70% depuis 2005 et vraisemblablement la tendance ne devrait pas s’inverser.
Les changements liés à la structure familiale ont tendance à laisser les séniors seuls chez eux.
Ainsi leurs cadavres restent souvent des mois dans leur appartement jusqu’à ce que les autorités ou un proche se rendent compte de la disparition.
Ce phénomène inquiète les autorités ainsi que les spécialistes, en effet, il est malheureusement le triste témoin de l’effondrement du lien social au Japon.

Le cas des femmes âgées.

Selon le modèle traditionnel culturel japonais, le mari travaille pour subvenir aux besoins de sa famille. Le système de retraite se base ainsi sur ce constat pour établir les pensions de retraite versées aux séniors. Les femmes célibataires ou divorcées sont alors désavantagées.
En effet, plus les femmes cotisent par leur travail moins elles reçoivent d’aides en fin de carrière. Cela est dû à plusieurs changement sociaux, en effet, le système de retraite date de l’après-guerre alors que le Japon a connu un vieillissement de la population très accentué et une baisse signifiante du taux de mariage. S’est formée alors une situation très malsaine pour les femmes, en effet, un « chantage à la précarité » pour pouvoir trouver un mari et profiter d’une vie « plus facile » s’est implicitement mis en place.
Ainsi, les femmes seules sont extrêmement mal vues dans la société nippone selon l’environnement culturel et son en plus désavantagée financièrement.
Les chiffres sont assez parlants, en effet, selon un rapport publié par « Frontiers in Physics », plus de 50% des femmes de plus de 50 ans et divorcées ou séparées vivraient sous le seuil de pauvreté contre seulement 10 à 20% pour les femmes mariées.
Même sans citer le régime matrimonial des femmes, seulement 10% des Hommes seraient touchés par la pauvreté.

Quelle place pour les séniors dans la société japonaise ?

Les accidents de la route sont majoritairement liés aux séniors. Ainsi, le gouvernement a aussitôt mis en place des examens de renouvellement de permis de conduire en se basant sur des tests de réflexes, de vue ou encore de maitrise du véhicule. Si les personnes âgées échouent à ces examens elles peuvent voir leur permis retiré. Cependant le gouvernement de Shinzo Abe a également encouragé les séniors à renoncer à leur permis de conduire. Ces encouragements ont porté leurs fruits, en effet, 400 000 séniors auraient renoncés à prendre le volant. Cet exemple illustre exactement la situation actuelle au Japon, comment trouver sa place dans un pays qui ne prend pas en compte, malgré le nombre important de séniors, les problématiques liés au vieillissement de la population ?
Plus dramatique, un mari de 81 ans a tué sa femme de 85 ans, il justifie son geste par ces mots : « Je l\’ai tuée par pitié. Il n\’y aura personne pour prendre soin d\’elle quand je serai parti ». Ce drame peut paraître étonnant, mais il est tristement banal au Japon et ne choque plus l’opinion public.
Dans cette société excluant les séniors, une entraide s’est alors mise en place. 48% de ceux qui prennent soin des séniors ont eux-mêmes plus de 65 ans.
Ils ne souhaitant pas devenir un fardeau, et ayant honte de demander de l’aide à leurs proches et encore plus au gouvernement.
Cependant cette rupture de communication entre les séniors et la puissance publique induit également un manque d’information quant aux aides disponibles. En effet, de nombreuses personnes âgées, lorsqu’elles sont interrogées avouent ne pas être au courant des aides municipales ou nationales.
Revenons au taux de criminalité élevé des séniors. La prison est un facteur excluant de la société, en effet, étant seul dans une cellule avec peu de visite accentue l’effet de solitude.

Conclusion

En somme, le pays du soleil levant se retrouve confronté au problème majeur du vieillissement de la population. Dans un contexte culturel favorisant l’activité via une pression sociale plus ou moins forte, les personnes âgées se retrouvent contraintes de travailler, cependant il faut aussi noter qu’une partie des séniors désirent aussi continuer à travailler, avec un gouvernement prenant des mesures qui favorisent l’activité des séniors.

Ainsi les personnes âgées souhaitant se reposer sont mal perçues par la société.

Il est également nécessaire de citer les différents changements démographiques et sociaux qui se sont passés au Japon ces dernières années : la baisse du taux de mariage et l’affaiblissement du lien social et en particulier familial. Tous ces changements ont conduit à l’isolement et la solitude des séniors avec les tristes « décès solitaires », notamment chez les femmes âgées. De plus, les chiffres ne sont pas rassurants et les prévisions d’évolution démographique encore moins.
Suite à cette nouvelle modification sociale, une économie s’est alors développée : la « Silver Economy », profitant des opportunités qu’ouvrait les contraintes de la situation actuelle des séniors.
Le Japon doit prendre des mesures politiques sociales fortes s’il ne veut pas voir les conditions de vie de ses séniors s’aggraver encore plus. Cependant, les dernières mesures semblent privilégier l’emploi des séniors et non l’amélioration de leurs conditions de vie.
Le Japon doit-il faire légèrement abstraction de sa pression sociale et culturel pour pouvoir ainsi prendre des mesures significatives, ou doit-il continuer le plein emploi des séniors ?

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