Hippocrate

Aristote désigna Hippocrate en ces termes : « iatros sophos isotheos », qu’on peut traduire par « médecin, philosophe et donc égal à dieu ». Cette phrase souligne la relation étroite, voire l’unité de la médecine et de la philosophie. En effet, la médecine ou la pratique médicale ne s’est jamais limitée à l’application « isolée » de connaissances ou de compétences apprises à l’université. Bien au contraire, la médecine a toujours été au cœur de la réflexion autour de la relation entre le savoir, et la pratique. En effet, la médecine repose sur un certain nombre de disciplines scientifiques comme la biologie moléculaire, la chimie, etc…disciplines où la part expérimentale est certes importante, mais se double également d’une réflexion philosophique.
On peut alors se demander dans quelles mesures peut-on considérer que la philosophie a contribué à faire émerger des problématiques médicales spécifiques ?
Pour répondre à cette question, on va d’abord distinguer ce qu’est science et ce qu’est philosophie, ensuite nous allons aborder l’importance d’intégrer la philosophie dans la médecine, et en dernier lieu, nous étudierons la réaction des médecins vis-à-vis de ces problématiques pour lesquelles les points de vue de la philosophie et de la science pure divergent.

Distinction entre les sciences et la philosophie

S’agissant de la relation de la médecine à la philosophie, Hippocrate a dit : « L’union entre les deux disciplines pour l’une comme pour l’autre, et tout ce qui concerne la philosophie s’applique aussi à la médecine. » .
Les rapports entre science et médecine, quoique étroits, ne sont pas simples. Ils sont au contraire complexes et très souvent conflictuels. Historiquement, de nombreuses disciplines scientifiques sont d’abord passées par la voie de la philosophie avant de véritablement s’intégrer scientifiquement. D’ailleurs, l’œuvre de Isaac Newton qui est à l’origine de la dynamique classique qu’on pratique aujourd’hui a pour titre : « Philosophiae naturalis principia mathematica » ce qui se traduit par « Principes mathématiques de la philosophie naturelle » . Cette dernière s\’apparentant à la physique actuelle, on peut donc souligner le lien évident entre ces deux disciplines. A côté des problèmes mathématiques et physiques, Newton traite dans cet ouvrage des questionnements d’ordre métaphysique, comme le rapport de l’homme au temps. Finalement, la pensée philosophique a toujours continué à exercer une influence profonde sur les développements scientifiques. Pour Descartes “Toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui en sortent sont toutes les autres sciences, la médecine, la mécanique et la morale” . La philosophie est donc une discipline qui en soi, regroupe de nombreuses autres disciplines, dont la médecine. Il s’agit d’une activité de réflexion et de remise en question, qui a conduit à de nombreuses ramifications comme l’épistémologie : la philosophie des sciences.
Comment définir alors distinctement la science ? Et la philosophie ? Selon le philosophe américain Charles Sanders Peirce, la science exige \”un ardent désir de savoir comment les choses sont réellement\”, en d’autres termes toute science, par exemple les sciences sur lesquelles repose la médecine : la biologie, la chimie… se donnent pour but de comprendre et de saisir réellement, c’est-à-dire dans le fond, et pas superficiellement.

« Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S\’il n\’y a pas eu de question, il ne peut pas y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n\’est donné. Tout est construit. » . Dans notre cas, la question est le patient. Le médecin face à son celui-ci , est en fait face à un problème, qui est de savoir d’abord : De quoi souffre le patient ? Et ensuite, comment guérir ce patient ? Le médecin va recourir d’abord à ses connaissances théoriques acquises au cours de son parcours académique. Cette volonté de savoir ce dont le patient souffre, et la recherche de moyens pour le guérir représente la pratique de la science médicale. Et cette même volonté est finalement double : c’est d’abord celle d’aller vers un savoir VRAI, c’est-à-dire conforme aux exigences du raisonnement, mais aussi de ne peut s’en tenir à des croyances. Et c’est exactement l’attitude que doit adopter le médecin, quel que soit sa spécialité. En effet, depuis l’émergence de la médecine moderne telle que nous la connaissons aujourd’hui, les médecins ont dû se défaire des croyances qui étaient adoptées antan : la médecine reposait sur l’alchimie, et d’autres croyances mystiques et occultes, tenues pour vraies sans avoir la certitude objective, donc valable pour tous, de leur vérité. En revanche, le médecin, lui, suit un raisonnement bien déterminé par déduction. Il prévoit à partir d’un état connu de la réalité, ce qui va arriver à son patient en s’appuyant sur la théorie. Par ailleurs, de nombreux philosophes ont justement réfléchi sur la notion de déduction, notamment Karl POPPER qui lui donne une place centrale dans la démarche scientifique, car il se réfère à la physique théorique dans laquelle la théorie est forte et donc l\’aspect déductif est important. Admettons que le médecin ayant observé son patient, a élaboré plusieurs théories, et donc est arrivé à plusieurs diagnostics, mais il ne sait finalement pas lequel est le bon. Il va falloir faire un contrôle expérimental. Le contrôle expérimental de la théorie, du diagnostic, consiste à mettre en place une expérience qui teste l\’hypothèse théorique. Si le fait attendu est observé, il soutient la théorie sans pour autant la confirmer. Si le fait est absent, il infirme la théorie. Si l’expérimentation prend en défaut la théorie, c’est-à-dire si les observations attendues ne se réalisent pas, le médecin peut en toute rigueur conclure que le diagnostic qu’il avait posé est faux.

Effectivement, la médecine, étant une science, exige une expression claire et un raisonnement rationnel. Elle se différencie donc des autres prétendus savoirs qui essayent de s’imposer dogmatiquement, et même plus que ça, elle impose des contraintes spécifiques à chaque spécialité médicale pour justement constituer un savoir pour le médecin, et donc fournir une réponse au patient.
Aussi, la médecine étant une science qui relève du domaine de l’étude du vivant, tend à donner des explications mécanistes, en d’autres termes, expliquer le comment de tel ou tel fait observé. Par ailleurs, de nombreux philosophes ont réfléchi sur le sujet, notamment Descartes, Hobbes, etc…Chez ces philosophes, les objets naturels, dont l’homme obéissent à des lois mécaniques. Descartes écrit : « Lorsqu\’une montre marque les heures par les moyens des roues dont elle est faite, cela ne lui est pas moins naturel qu\’il n\’est à un arbre de produire des fruits ». C’est-à-dire, que Descartes conçoit les propriétés d’un corps, à partir de la disposition de la matière. Un médecin adopte la même démarche : il cherche des solutions, donc un diagnostic…LE diagnostic. Et pour ce faire, il doit d’abord saisir la nature de ce problème : le corps de son patient. Ce corps est fait d’organes, formant les tissus, constitués de cellules, comportant des molécules et des atomes. Il étudie donc la description détaillée de l’agencement des composants du système biologique : le corps du patient. Ce qu’il est important de relever est que les parties de tout mécanisme fonctionnent de façon relative, et par causalisme entre elles : tout fait a une cause et, en général, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

II. Exercice de la médecine grâce à la philosophie

Malgré leur différence la science et la philosophie sont des disciplines qui se complètent en effet dans le cas où nous l\’étudions, celui de la médecine : on ne peut les dissocier. On ne peut pratiquer la médecine sans lui appliquer la philosophie.
Tout d’abord, on ne peut réfuter le fait que la médecine s’applique sur des principes fondamentaux de la philosophie que sont la vie et la mort. Il est donc difficile de pratiquer cette art si on le dissocie des principes sur lesquels il repose. En effet la médecine est ce qui nous permet de nous maintenir en vie le plus longtemps. Il suffit de comparer les zones géographiques où la médecine est la plus développée pour le constater. L’Homme est un être vivant qui en début de vie se voit associer une existence, la mort se traduit par l\’interruption de cette existence. On peut alors se référer au dualisme de Descartes7, il y aurait un corps et un esprit tout deux distinct et la vie serait donc l’union de ces deux unités et par conséquence la mort relève de leur séparation. Des questions médicales se posent alors, concernant l’avortement par exemple, quand peut on considérer qu’un individu est en vie? Quand peut-on considérer qu’un individu est mort? Dans le milieu médical, des miracles surviennent quotidiennement. Prenons l’exemple d’ “Un jeune adolescent de 13 ans a échappé à la mort in extremis dans l\’Etat d\’Alabama aux Etats-Unis. Dans le coma depuis deux mois après un accident de quad, il s\’est réveillé alors qu\’il était diagnostiqué en état de mort cérébrale et la veille du jour où il allait être débranché.” (http://www.francesoir.fr/) On se demande alors quelle serait la période au bout de laquelle il serait acceptable de débrancher un individu mort cérébralement si il peut revenir à la vie à tout moment tel que cet adolescent. En principe cette décision relève d’un dialogue entre le médecin traitant et les parents du patient.
De plus, la médecine relève de la guérison, cependant lorsqu’on lui applique la philosophie, celle-ci devient un soin. En effet le rôle du médecin est de guérir mais il se doit de guérir en prenant soin de son patient, en exprimant de l’empathie, en communiquant avec celui-ci qui doit être le plus éclairé possible en ce qui concerne sa pathologie et les méthodes mise a disposition pour la guérir. Ainsi être médecin ne se résume pas à être un simple guérisseur qui prescrit des antidotes ou qui applique la science. Le rôle de docteur est beaucoup plus important, il se doit de communiquer avec son patient, de le rassurer dans les épreuves difficiles de sa maladie. Si on prend l’exemple d’un patient atteint d’un cancer on ne peut pas annoncer la nouvelle de son diagnostic en étant froid et distant, car il est impératif que le patient accepte sa maladie avant de pouvoir la guérir, en effet cette étape est un pas vers la guérison. De plus la décision du soin final administrer au patient ne doit relever que de son consentement car c’est sa vie qui est en jeu, le médecin est alors perçu comme un conseiller qui doit privilégier le bien être du patient. Le médecin devra donc adopter une stratégie selon son patient et sa pathologie, en effet il paraît logique qu’on ne prendra pas de pincette pour annoncer un rhume ou toutes autres maladies bénignes. C’est ainsi que le code de déontologie joue un rôle primordial dans la pratique médicale, ce code donne une ligne de conduite au praticien pour communiquer avec le patient et l’accompagner de la meilleure manière possible. En somme le médecin se doit de veiller au bien être de son patient, ce principe est notamment repris dans le serment d’Hippocrate que tout médecin se doit de faire pour pratiquer.

La philosophie implique bien d’autres notions que la relation patient-médecin. La philosophie permet de discuter du bien et du mal, c’est ce qui relève de la morale, de l\’éthique ses deux termes sont etroitement liee, le premier se réfère à l’ensemble des règles et normes de comportements relatives au bien et au mal, au juste et à l\’injuste pensée comme prétendant à l\’universalité et focalisée sur le devoir , et le second se caractérise par l’ensemble des règles et normes de comportement d\’un groupe humain pensée dans son rapport à l\’individu et au cas singulier. Ils ont donc une dimension différente mais permettent tout deux de pratiquer la médecine. En effet toute intervention médicale quelle qu’elle soit demande une réflexion sur la bonté de l’action, sera-t-elle supérieure au désagrément engendré ? Cette question est essentielle dans la pratique médicale et est en relation directe avec l\’impératif catégorique de Kant :“Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature” . Cette loi exprime par Kant signifie que toute décision pour être moral devrait être placée en loi universelle, prenons l’exemple du vol, si cet acte était moral alors tout le monde aurait le droit de voler, cet acte pourrait être une loi de la nature, or ce n’est pas le cas c’est donc un acte immoral. L’application de cette notion nécessite notamment la mise en place de comité d\’éthique, qui se compose de nombreux médecins expérimentés, dans tous les hôpitaux. Ce comité vise à débattre autour d’un problème éthique concret rencontré dans l\’hôpital. Prenons l’exemple du cas du lancement d’un essai clinique pour patients atteints d’un cancer, un comité éthique se devra d’analyser l\’étude et le dossier des patients pouvant être candidats pour ne pas les exposer à des risques inutiles. Il relèvera donc d’un comité d\’éthique la décision finale : autorisé ou refusé le lancement de cette essai clinique, pour se faire, cette décision suit un itinéraire bien précis s’appuyant sur les quatre principes de la bioéthique : la bienveillance visant à provider au patient une solution qui lui est bénéfique ; la non-malveillance qui a pour but de ne pas nuire au patient ; l’autonomie qui se traduit par la capacité du patient à prendre une décision selon sa propre volonté ; et la justice qui tend à maintenir une impartialité se basant sur une réglementation médicale hiérarchisant la gravité des cas pour la redistribution des ressources. Ce type de problème est rencontré quotidiennement dans les hôpitaux d\’où la nécessité de ce comité. Les problèmes de type éthique se retrouvent aussi dans la recherche médicale actuelle prenons l’exemple de la modification génétique chez les embryons. Celle-ci est considéré comme acceptable pour lutter contre des maladies génétiques mais pose un réel problème éthique dans le cas de modification esthétique tel que la couleur des yeux. En effet comment peut-on penser à modifier l’aspect d’un individu qui n’est pas encore né. L\’éthique a donc une grande importance dans la pratique médicale, elle fixe une marche à suivre et une limite. Néanmoins, il existe des problématiques ayant fait surface à la suite de conflits médico-philosophiques et les réponses à celles-ci n’ont pas encore toutes été déterminée ; ni par la philosophie, ni par la médecine en elle-même. Il est alors nécessaire de choisir un axe à suivre pour tenter d’y apporter des éléments de réponse. Généralement, ceux précisés précédemment s’accordent ou se complètent sur leur fond de pensée. Il existe toutefois des cas pour lesquels la philosophie et la médecine sont fortement en divergence d’opinions, voire parfois en opposition totale. Ceci est ordinairement observé. Cela est d’ailleurs présent dans beaucoup de cours et d’ouvrages traitant de philosophie et sert d’illustration au principe suivant : l’empirisme, une doctrine s’appuyant sur la vision du monde à travers un ensemble de théories philosophiques élaborées à partir de son vécu (ce qui veut dire passer du concret à l’abstrait) s’oppose au rationalisme (se baser uniquement sur les connaissances et la raison dont l’être humain dispose) (cfr. Cours de M. Verdée).

III. Opposition de la médecine et de la philosophie

De plus, lorsqu’un médecin se retrouve soumis à un dilemme cornélien qui oppose ces deux points de vue (philosophique et médical), ce dernier n’hésite pas à choisir le côté médical plutôt que l’autre. Pour être plus complets, nous pouvons illustrer ceci par quelques exemples assez constants. Avec les progrès scientifiques de notre époque, il nous est actuellement possible de déterminer ,avant la naissance du bébé, si celui-ci sera atteint par une maladie quelconque. Dans le cas du Syndrome de Down ( aboutissement de la Trisomie 21), le docteur peut, à partir du cytoplasme prélevé dans le noyau de la cellule embryonnaire, effectuer un caryotype et donc déterminer si l’enfant sera atteint ou non. Lorsque c’est le cas, la plupart des parents décident de ne pas laisser le bébé naître pour lui éviter une vie de souffrance en étant différent ou tout simplement pour eux-mêmes ne pas avoir à supporter cette charge que représente un enfant trisomique (dépenses, temps, problèmes,…) On retrouve des similarités dans le débat sur l’avortement. Lorsqu’une femme porte un embryon non-désiré pour diverses raisons (viol, accident,…), la science moderne lui donne la possibilité de ne pas accoucher, de ne pas avoir son bébé, d’avorter. Il existe une seconde alternative : l’adoption par une famille différente, mais celle-ci suscite une autre discussion que la première car c’est une atteinte différente, plutôt à l’intégrité de l’enfant qu’à l’être humain en soi. C’est pourquoi nous parlerons ici principalement du fait de tuer l’embryon. Il faut aussi préciser que, en général, ce dernier n’est pas encore considéré comme un être humain à part entière à ce stade. Encore une fois, la question porte à débat mais la réponse dépend des convictions de chacun et ne peut pas être universelle. Ces deux cas nous montrent donc un exemple d’opposition médecine-philosophie. Pour que cela soit correct, il faut bien entendu parler de ces deux sciences dans leur extrêmes car les partisans des deux côtés ne s’opposent pas toujours à des compromis dans des situations pareilles. Nous pouvons également aborder la polémique que provoque la recherche et le test de traitements sur des patients. En oncologie, par exemple, les patients (ayant auparavant donné leur accord) peuvent être soumis à de nouveaux traitements encore en attente de validation lorsqu’il n’y pas encore de remède effectif propre à leur maladie. En effet, la recherche en cancérologie est assez compliquée car les soins diffèrent en fonction du type de cancer. De plus, le cancer est une maladie en constante évolution ; il est donc difficile d’y trouver un remède fixe et sans effets secondaires (la chimiothérapie est connue pour causer énormément d’effets secondaires négatifs chez le patient). Les chercheurs sont donc contraints à utiliser des cobayes humains pour effectuer des tests mais certaines personnes y sont fortement opposées étant donné que les résultats ne sont pas toujours bénéfiques pour les malades et il n’y aucun moyen de prévoir le résultat. Tous ces débats impliquent autant de notions politiques que philosophiques ; autant de questions sociales que scientifiques ; ils demandent des valeurs, de la morale, de l’éthique mais aussi une foi en l’esprit humain et en son évolution future.

Nous pouvons certainement trouver maints autres sujets qui appellent à la discussion mais ceci ne fera qu’allonger notre étude inutilement car la question est donnée. En effet, malgré que la philosophie ait un rôle important à jouer dans la pratique de la médecine (et ses études ; le médecin est donc constamment en contact avec celle-ci),comme précisé précédemment, lorsqu’ils se retrouvent face à un choix opposant les deux, nous nous demandons pourquoi les médecins ne chancellent pas en prenant le parti de la science pure.
L’explication n’est pas fixée et n’est ni unique ni universelle. L’une des raisons probables est la suivante : la chose la plus importante pour les scientifiques est le progrès. L’être humain veut, depuis toujours, appréhender le monde qui l’entoure. C’est dans sa nature. Déjà au temps des Grecs de l’Antiquité, la nature et son fonctionnement étaient la préoccupation de beaucoup de savants (Aristote, Archimède,…). Il est d’ailleurs intéressant de noter que la philosophie était comprise à part entière dans le raisonnement de ces grands noms de la science. Maintenant, avec l’évolution, c’est sur la partie concrète de ce monde que se basent les médecins et scientifiques (Einstein, Deduve,..). Pour eux, les choses observables et logiques priment sur les idées et l’abstrait. Malheureusement, la modernité a apporté, avec son lot de progrès, certaines matières qui portent au débat du point de vue philosophique. Il n’empêche que le chercheur se voit contraint par la responsabilité qu’apporte son travail à mettre ses convictions personnelles de côté et à faire son travail « pour les progrès de la science ». Imaginons, une étude voulant identifier la “race” humaine la plus intelligente “pour le bien de la science”, ce qui s\’apparente à du racisme. Il veut mettre en avant les données de l’expérience, l’expérience en elle-même et ses résultats. La logique et la rigueur sont donc les éléments principaux de la réflexion scientifique moderne. C’est cela qui permet de donner à la science un aspect universel : il est concrètement impossible de réfuter une théorie prouvée scientifiquement à moins de prouver, à son tour, qu’elle est fausse. Par conséquent, les scientifiques privilégient cet aspect concret qui permet de donner une base intellectuelle commune à toute la population humaine.
Il est aussi important de signaler qu’il arrive que le médecin soit soumis à ce choix dans un cas d’extrême urgence. C’est pourquoi celui-ci n’a pas le loisir de discuter des conséquences de son choix ni du point de vue éthique ou philosophique. Il doit agir et vite. On comprend alors pourquoi une base universelle à laquelle tous les médecins se référencent est importante ; en l’occurrence la science pure et dure. Tel est le point de vue du scientifique moderne.

Bien sûr, le savant reste un être humain. Il est toujours capable de réfléchir et de se poser des questions (raisonnement philosophique) ainsi que d’établir une relation avec son patient afin de décider de ce qu’il y a de mieux pour ce dernier . S’il considère le prix à payer trop gros pour son expérience, il n’ira pas jusqu’au bout. Même si l’Histoire a connu beaucoup de débordements, en principe, l’être humain sait reconnaître ses limites et faire preuve d’empathie et de morale. C’est là l’avantage que nous avons sur les machines et la raison pour laquelle la médecine ne pourra certainement jamais être pratiquée exclusivement par celles-ci.

En conclusion, la maîtrise de la philosophie est un prérequis pour exercer dans quelque domaine scientifique qu’il soit. Pour pratiquer la médecine, des notions philosophiques sont nécessaires. La relation inverse est également importante. Des notions médicales sont nécessaires pour un raisonnement philosophique. Ces deux termes ne sont pas grandement différents, encore moins opposés. Ils se complètent et permettent à l’être humain, lorsqu’il combine correctement les deux, de garder sa supériorité intellectuelle par rapport aux autres espèces qui peuplent la Terre. Cela, l’Homme semble l’avoir compris depuis la nuit des temps. La philosophie permet au médecin de prendre des décisions raisonnables et pour le bien de ses patients. Avec la modernité, des problématiques médicales ont fait surface. La plupart du temps, la médecine et la philosophie s’accordent sur les enjeux et sur ce qu’il faut faire. Dans les cas plus complexes, on instaure des comités (d’éthique,…) qui finissent par trouver un terrain d’entente entre les deux. On remarque néanmoins que le médecin soumis au choix aura tendance à choisir le côté scientifique car il privilégie les faits concrets aux idées abstraites. Par contre, même s’il doit mettre ses croyances personnelles de côté, le médecin est toujours un être humain, c’est-à-dire qu’il partage ses valeurs avec le reste de la population et est capable de nouer une relation avec ses patients. C’est pourquoi les machines ne pourront remplacer tous les médecins. Voilà donc la différence essentielle : l’Homme qui n’intègre pas la philosophie dans son raisonnement n’est plus qu’une machine. La philosophie, même si elle entre parfois en conflit avec la science dure, permet à l’être humain de rester humain dans son évolution.

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