Orange mécanique (Stanley Kubrick)

Orange Mécanique est un film dystopique britannique-américain écrit et réalisé par Stanley Kubrick et sorti dans les salles cinématographiques en 1971.

Le film est l’adaptation du roman homonyme de 1962 de Anthony Burgess.

L’histoire se déroule en Angleterre, dans un futur pas trop loin. L’élément dystopique n’est pas seulement suggéré dans le film, mais plutôt souligné de manière écrasante, en montrant une société aux couleurs vives dans laquelle c’est la violence qui règne et le libre arbitre est piétiné par les institutions. Il semble que le protagoniste du film soit la violence elle-même, interprétée par Alexander DeLarge, un garçon rebelle aux manières extraverties et élégantes, amoureux de la violence, de la drogue, du viol et du contrôle. Alex est en effet le chef du gang des Droogs – ses compagnons – avec lesquels il aime commettre des crimes brutaux. À cause de son comportement aberrant, Alex est arrêté par la police, mais pour ne pas rester en prison, il accepte de subir une réhabilitation psychologique abominable parrainée par le gouvernement, appelée technique Ludovico, pour qu’il développe une aversion psychosomatique à l’encontre de la violence. Toutefois, l’état de nature du jeune protagoniste triomphera.

En utilisant un vocabulaire d’argot futuriste inventé par Burgess, Kubrick donne de l’ironie à l’histoire et réalise des explorations fictives sur les dilemmes modernes combinant esprit, amoralité, pulsions et une note de bizarre. La vision que lui donne de ce monde futuriste est manifestement époustouflante, mais toujours avec une perspective détachée. Brutale et cynique, cette vision nihiliste de la société et de son mécontentement a mérité la cote X pour sa violence excessive à sa sortie aux États-Unis. Orange Mécanique divisait les critiques encore plus radicalement qu’en 2001 : Odyssée de l’espace, mais il a été nominé aux Oscars pour la meilleure image, le meilleur réalisateur et le meilleur scénario.

Il y a des questionnements à être abordés sur le film ici analysé qui proviennent d’une critique « cinéphobique » sur la question des limites du cinéma et des images cinématographiques dans la sphère sociale et morale, qui restent toujours actuels.
Cet argument se réfère à la nature-même de l’image cinématographique, qui a le pouvoir d’affecter le public plus que le théâtre. Étant donné que le cinéma est vu comme art qui s’adressait aux foules et qui rassemble les personnes, il constitue un risque de trouble à l’ordre public.
Le public a toujours été très hétéroclite, et donc composé de spectateurs de classes sociales et cultures différentes et avec des niveaux d’éducation hétérogènes. Par conséquence, s’est faufilée l’idée que le cinéma ne peut pas avoir la même liberté d’expression que les autres arts, car il est plus démocratique.

Donc, le fait de s’adresser à tout le monde en parlant en images rende le cinéma un art puissant ayant le pouvoir d’abattre les frontières sociales, économiques, politiques et culturelles des publics mélangés. Et dans la salle, on aurait des spectateurs qui n’ont pas les mêmes capacités cognitives que les autres. Pour cette raison-là, le cinéma est toujours sujet de fortes restrictions.
Cet argument affirme donc que la vivacité et l’intensité propre à l’image cinématographique a constamment une influence sur les publics, qu’ils ne géreraient pas.

En fait, le film de Kubrick a suscité de nombreuses critiques en Grande-Bretagne à la suite d’une série de crimes violents qui semblaient avoir été inspirés par le film.

Dans Traité du Combat Moderne (2005), Jordi Vidal affirme que Orange Mécanique n’est pas un film provocateur, c’est plutôt un film subversif. Son utilise esthétique de la violence nous met dans la position ambiguë du voyeur : comment répondons-nous à certaines images ?

Qu’est-ce que montrent-elles de nous ? De quel conditionnement sont-elles porteuses ?

La mise en image d’un répertoire de thèmes et de formes brutales, employé avec insistance, à la limite de l’obsession, a soulevé une critique morale forte vis-à-vis du film de Kubrick, parce qu’il met en scène une violence ici utilisé pour nous amener (dangereusement) à l’état de folie et de peur du protagoniste.

Ce qui est mis en cause est l’utilisation du « visible » par Kubrick, car en vertu du réalisme supérieur de l’image cinématographique, la représentation de la violence produit un attrait dangereux, une désensibilisation des téléspectateurs à la brutalité qui peut augmenter leur prédisposition à l’agressivité.

Ça s’inscrit dans une autre querelle : la querelle des spectacles. Cette querelle s’est surtout posé au XVIIème et XVIIIème siècle. D’une certaine façon, c’est ce qu’on trouve aujourd’hui comme type d’argument quand il y a des films « mauvais pour la jeunesse ». Cet argument continue dans le cas de la classification d’âge des films pour certains publics. La querelle des spectacles, va parfois s’appuyer sur l’idée que des publics sont plus fragiles que d’autres ou ils n’ont pas les mêmes capacités cognitives : enfants ou gens « pas assez intellectuels ».

Ainsi, le fait même de montrer les actions brutales des personnages dans leur réalité aberrante a conduit le livre, et puis le film, à un cyclone controverse. Bien que Kubrick ait eu l’intention de condamner la violence au lieu de la fomenter, le sens du film a inévitablement été déformé jusqu’au risque d’émulation. Il s’agit éventuellement d’une part du public mal préparé pour canaliser sa signification métaphorique et idéologique dans la bonne direction.

Des lettres de menaces de Grande-Bretagne sont arrivées à Kubrick et à sa famille, ce qui a amené le réalisateur à demander à Warner Bros de retirer le film des cinémas locaux. Dans la plupart des pays du monde, le film a été interdit aux moins de dix-huit ans pour de nombreuses scènes de violence brutale et est devenu l’une des cibles favorites de la censure.

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