La sémiotique visuelle

CHAPITRE 1. LA SEMIOTIQUE VISUELLE

Introduction
Discipline bien paradoxale que la communication, née suite à une exigence théorique et pédagogique pour affronter le spectre de l\’interdépendance, aux conséquences bonnes et mauvaises, de plusieurs sciences et disciplines qui s\’immiscent et s’ingèrent au sein du champ de la communication.
Le monde moderne est maillé de réseaux qui se reproduisent, se renouvellent et se ramifient continuellement, la vertigineuse diversité des échelles de communication, de l\’interpersonnel au planétaire, et l\’imbrication des niveaux font douter qu\’une discipline puisse à elle seule s\’emparer d\’un pareil \”champ\” (Bougnoux, 2001, p.17). Mais derrière cette conception technique et académique de la communication qui se trouve \”étrange\” au commun des mortels, qui communique chaque jour sans avoir sous la conscience ce souci scientifique. Pour lui, la communication est un fait social de première nécessité, sans la communication il n\’y aura pas de société, c\’est ce qui se passe naturellement entre des individus en présence, de l\’un à l\’autre, face à face, librement et de bon gré. Ceci dit, l\’homme semble communiquer aussi naturellement qu\’il mange où respire. Mais cette simplicité apparente dissimule des mécanismes élaborés que les cultures créent et imposent. Au cœur de ces mécanismes : La signification (Klinkenberg, 2006, p.487). Et nous voilà, d\’emblée au cœur du tournant sémiotique de la communication.
La sémiotique et la discipline qui explore la signification, elle va aux origines du sens pour ausculter et observer la brique première de la signification à savoir, le signe. Ainsi peut-on soutenir à bon droit que l\’homme descend davantage du signe que du singe (Bougnoux, 2001, p.28). Cette métaphore souligne l\’importance du signe dans le monde contemporain. Tout est signe disait Peirce. Le signe est l\’instrument du savoir sur les choses, un instrument qui s\’élabore avec le temps est avec le contact de ces choses. Un instrument d\’action qui se trouve à la disposition de toutes les sciences et toutes les disciplines. Décrire un objet ou énoncer une loi, tache que ça signe tout science, oblige à se tenir à distance de cet objet, une distance double : Il s\’agit d\’une part de creuser un écart entre l\’objet et l\’observateur, lequel ne saurait se fondre dans l\’objet sous peine de ne plus observer, mais il s\’agit aussi de ménager une distance entre l\’objet brut et l\’image qui en sera donnée. Cette distance est celle du signe. La pratique de la distance, qui est à la base de tout savoir définit le concept qu\’on trouve au cœur de la sémiotique : Le signe
Un signe et une chose qui renvoie à une autre et qui n\’est pas elle, ce qui permet de la communiquer avec économie et sécurité (Eco, 1981). C\’est ainsi que les sciences et surtout celles relatives à la communication constituent leur interface commune. Elles ont tout un trait en partage, un même postulat : la signification. La sémiotique se donne la mission d\’explorer ce qui est pour les autres un postulat, étudier la signification. L’accomplissant, la sémiotique se fait métathéorie de la communication \” théorie des théories\” (Klinkenberg, 2006, p.10).
Les psychologues notent que vers l\’âge d\’un an à un an et demi, se manifestent chez l\’enfant une fonction fondamentale pour l\’évolution des conduites ultérieur, cette fonction s\’appelle la fonction sémiotique (Piaget et Inhelder, 1966, p.41). Elle consiste à pouvoir représenter quelque chose, un signe quelconque : un objet, un évènement, idée… Au moyen d\’un signifié différencié et ne servons qu\’à cette représentation (Piaget et Inhelder, 1966). l’exercice de cette fonction autorise l\’apparition de conduite nouvelles qui représentent les premiers balbutiements de la communication : la parole, l’imitation, le dessin, le jeu symbolique… L\’enfant est désormais entrée de plein droit dans l\’univers des signes (Minot, 2001, p.73).
La sémiotique, cette discipline aux allures neuves est l\’aboutissement de préoccupations bien plus anciennes. On observe qu’elle étudie ce qu\’il y a de commun dans tous les langages dont dispose les hommes. Elle a le souci de fonder les grands axes qui président à la communication humaine. Bien que le consensus ne sois pas établie aujourd\’hui sur l\’objet de la sémiotique, et encore moins sur ces méthodes, ceci révèle d\’abord le caractère récent de son l\’Institutionnalisation Ensuite de l\’ampleur des questions qu\’elle examine. Pourtant, un noyau dur de la discipline, commun à tous les sémioticiens, commence à pointer. Saussure(1907) voyait dans la sémiotique : la science générale de tous les systèmes de signes. Peirce(1901) quant à lui écrivait : la logique, dans son sens général, n’est qu’un autre nom de la sémiotique […] doctrine quasi nécessaire ou formel des signes. Ainsi les deux pères-fondateurs de la sémiotique se rejoignent sur deux faits majeurs de la sémiotique : Ils en font la science des signes, ensuite ils mettent en avant l\’idée que ces signes fonctionnent comme un système formel (Rastier, 1999) mais ceci n\’exclut pas un foisonnement théorique croisé entre ces deux conceptions majeures de la discipline. Peirce et son courant triadique insiste sur les aspects cognitifs et logiques de la sémiotique. Il l’inscrivait davantage dans le champ des disciplines philosophiques. Saussure, père de l\’école structuraliste met l\’accent sur l\’aspect humain des signes et sur leur rôle dans la communication l\’inscrivant dans le champ des sciences sociales (Klinkinberg, 2001, p.25).
Le parti pris dans ce projet est de privilégier l\’école structurale de la sémiotique issue de la tradition saussurienne. Cette priorisation est à mettre à l\’actif des écrits et des études riches et éclairants de cette école sur le fonctionnement du signe notamment le signe iconique et sur la segmentation sémiotique des figures rhétoriques. Une approche originale qui a jeté les bases d\’un traitement méthodique et structurale de la rhétorique. Ceci dit la tradition peircienne serait reprise, et mise en balance dans le traitement du volet pragmatique du modèle. En effet, la tradition triadique du signe a excellé dans ce domaine avec notamment le fameux concept de l\’interprétant. Bref, Il est clair que malgré la désunion théorique et conceptuelle des deux courants sémiotique, il est possible de mettre à profit ce désaccord en tirant de chaque école son point fort pour finaliser le modèle. C\’est ainsi que l\’école structurale occupera le terrain de l\’analyse des codes et des grammaires iconiques et rhétoriques, alors que le courant peircien qui domine sur les aspects pragmatique et qui a une prééminence dans la fonction de réception des messages et de leur interprétation aura son rôle à jouer surtout dans les niveaux discursifs c\’est-à-dire dans les structures moins profondes selon le parcours génératif de Greimas.
Le tableau suivant visualise la distribution des rôles sur un parcours génératif quelconque (affiche publicitaire par exemple) :
Tableau 1 : Paradigmes employés selon l’avancement du processus de signification

Source : Adapté de (Greimas et Courtes, 1993, p.199)
Il est clair que le déplacement de la problématique du champ de la communication vers le champ de la signification est bien motivé. Les outils conceptuels et méthodologiques dont dispose la sémiotique pour une meilleure intelligibilité des images publicitaires et leur force d\’argumentation ne font point de doute. La sémiotique appliquée à l\’image et aux techniques de la persuasion publicitaire est l\’une des principales méthodes l\’étude qualitative de la création publicitaire et du Design commercial (Pinson, 1990). L\’objet du projet sémiotique appliqué à l\’image publicitaire est de faire de sorte que le sens s\’achemine vers la signification suivant les modalités sémiotiques bien connues, car force est de constater qu\’on ne peut isoler les signes des codes qui leur donne leur statut, ni les codes des canaux par lesquels ils transitent et qu\’on ne peut pas davantage isoler le code du contexte dans lequel il s\’actualise (Klinkinberg, 2001, p.81). La boucle est bouclée, la théorie prône pour l’invraisemblance d’isoler la communication de la signification. On ne peut parler de communication que s’il y a actualisation de signification.
Le déploiement méthodique qui sera suivi le long de ce chapitre serait de définir le substrat sémiotique qui va servir à la construction du modèle tout en délimitant le champ d\’intervention vers les concepts opératoires et pertinents sans s’égarer dans des spéculations doctrinales. C\’est ainsi que la première section sera dédiée au fondement de la sémiotique de communication afin de bien asseoir le projet sémiotique dans sa perspective communicationnelle. Il s\’ensuit automatiquement l\’étude de la grammaire sémiotique comme étant la compétence des sujets sémiotiques à comprendre l\’énoncé proposer, en l’occurrence, l’affiche publicitaire ou l’image publicitaire en générale, pour finalement appréhender le discours dans sa généralité est amorcer le volet discursive du modèle. La deuxième section est l\’aboutissement de la première. Elle sera consacrée exclusivement à la sémiotique des langages iconique. Elle exploitera les principes et les propositions de la première section pour comprendre la nature d’iconicité. Il s\’agit de révéler l\’image publicitaire dans son immanence pour qu\’elle soit correctement aborder.

SECTION 1. LES FONDEMENTS DE LA SEMIOTIQUE DE COMMUNICATION

Le développement de la communication est lié au développement des systèmes sémiotiques de plus en plus spécifique (Granger, 1979). La sémiotique cherche le fonctionnement des signes sur le mode du système, la finalité de ce système et de confectionner des messages. Ceux-ci seront communiqués et reçus par la collectivité des sujets sémiotiques dans des conditions optimales de fond et de forme. Étudier les modalités de l\’énonciation : Composante syntaxique et paradigmatique, voir leur cohérence, leur redondance, leur grammaticalité… Comprendre l\’espace sémantique et discursif d\’un tel message sont des conditions minimales de communication dans son acception primaire, celle de la \”fabrique de sens\”.
La sémiologie voulait déjà pleinement dire communication, une communication qui étudie les échanges codés et sémiotisés (Bougnoux, 2001, p.28). Bien que froidement accueilli dans les sources de référence en communication, cela va jusqu\’à sa mise à l\’écart (Boutaud, 2004, p.97). La sémiotique à forgé petit à petit son chemin en élaborant et affinant de plus en plus ses postulats structuralistes issus du modèle structural du langage. La séduction formelle et la richesse conceptuelle d\’un tel modèle ont influencé les concepteurs de modèles en communication à adopter la même posture épistémologique : Axer et centrer d\’abord sur l\’énoncé, la formation du code, la grammaire fondamentale et générative avant d\’affronter l\’espace symbolique de la communication et chercher a résoudre la problématique de la pragmatique de réception et l’intersubjectivités des interprétations.
1. La communication : perspectives sémiologiques
La sémiologie, depuis les années 50 ou la première analyse de la langue comme structure (De Saussure, 1911) a inspiré l\’étude structurale dans divers domaines relative aux sciences sociales et humaines dans ce qu\’on peut appeler le tournant sémiotique (Bougnoux, 2001, p.29). Cet élargissement du domaine sémiologique qui a naturellement rencontré les sciences de l\’information et de la communication, conçues comme l\’étude de l\’échange, de la production et de la circulation des signes en général au sein d\’une culture (Bougnoux, 2001, p.29). Ce rapprochement, par ailleurs inévitable, a totalement révolutionné les SIC, qui auparavant se souciaient peu de l\’énonciation et de son primat pour établir une relation de communication. La prédominance de la perception de la fonction de réception puisée des paradigmes positivistes ont aliéné la communication et l’ont réduit a son aspect visible, extérieur et manifeste \”Un invraisemblable fourre-tout où l\’on trouve des trains et des autobus, des télégraphes et des chaînes de télévision, des petits groupes de rencontres, des vases et des écluses et bien entendu une colonie de raton laveur, est-ce que les animaux communiquent comme chacun sait\” (Winkin, 2002, p.62). Le tournant sémiotique opéré qui représente le renouveau dans l\’étude des modèles de communication, consiste à adopter pour ce même modèle une posture spécifique introduite par la tradition sémiologique et qui se fonde Sur le principe d\’immanence. Ceci va modérer une tendance fâcheuse qui s\’est développée dans les années 80 et 90 et qui faisait l\’éloge tout azimut de la liberté du récepteur et de sa toute-puissance interprétative (Molenat, 1990, p.230).

1.1 Une esquisse des modèles génériques de communication

Divers modèles ont été élaborés pour décrire le schéma de communication. Chaque modèle inscrit dans un contexte particulier lié à une société, une époque et un projet scientifique différents permet d\’appréhender certains aspects et caractéristiques de la communication mais va aussi obligatoirement en occulter d\’autre. Ici on va faire un aperçu des modèles phares de communication issus chacun d\’un paradigme scientifique qui faisait autorité à l\’époque.
Notons que chacun de ces modèles est appelé à démêler avec trois niveaux de problèmes de communication (Shannon et Weaver, 1995, p.31).
– Niveau A- Technique : Où se pose le questionnement technique. Il concerne le niveau de précision et d\’exactitude avec lesquels les symboles (au sens mathématique) seront transmis. La résolution de ce problème passe par la spécification des symboles émis et reçus sur la base d\’une série finie de symboles discrets : c\’est le cas du langage écrit. Ou une transmission d\’une fonction continue du temps : Cas d\’une transmission vocal ou musicale. Ou bien la transmission de plusieurs fonctions continues dans le temps menées de deux coordonnées spatiales : C\’est le cas d\’une transmission d\’un \”Pattern\” bidimensionnel : C\’est le cas par exemple d\’une publicité télévisée (Shannon et Weaver, 1995, p.31).
– Niveau B- Sémantique : C\’est le problème récurrent d\’intersubjectivité. Il s\’agit de trouver une identité ou une approximation optimale entre l\’intention initiale de l\’émetteur et l\’interprétation du récepteur. Y-a-t-il une homologie sémantique entre les deux parties. Ce problème de sémantisation à plusieurs ramifications et semble être plus compliqué que celui du niveau technique, puisque le premier touche à la machine qu\’il faut asservir pour mener à bien son rôle, tandis que le deuxième touche l’homme dans ses facultés mentales et cognitives les plus profondes.
– Niveau C- l’efficacité : Ce niveau est en quelque sorte la résultante des deux premiers niveaux auxquels on peut les surcharger du coût de la mise en place et de l\’entretien du modèle. Ajoutons à ce point une dimension comportementale puisque le but présumé de la communication – et surtout s\’il s\’agit d\’une communication publicitaire- et de provoquer chez le récepteur un comportement ou une conduite désirée. Cette conduite est à prendre dans son sens large puisque son effet peut ne pas être décelable. Ce qui en rajoute une couche à la difficulté de modélisation.
a. La cybernétique
C\’est la discipline qui étudie le contrôle des systèmes complexes. Ses méthodes aléatoires établis par le mathématicien Wiener (1932) s\’appliquaient à une vaste classe de problèmes et permettaient d\’aborder du même point de vue des objets aussi variés : biologie, économie, informatique, etc. Cependant, l\’aboutissement le plus retentissant de cette théorie fut sans doute son application dans le domaine des communications. Le modèle repose sur l\’étude mathématiques de l\’information et du signal en général comme un moyen de connaissance de la régulation des systèmes de communications naturels et artificiels.

Fig. Représentation cybernétique avec boucle de rétroaction

Les mécanismes mis en place fonctionnent avec des principes logiques simples :
– La boîte noire : un élément relié à d\’autres, une représentation d\’un système sans considérer ce qu\’il contient, son fonctionnement ou sa structure, mais dont on déduit la fonction visible à partir de l\’étude de ses entrées/sorties.
– Le flux d\’information : ce qui est transmis et effectivement reçu, autrement dit, il s’agit de l\’information efficace.
– La rétroaction ou feedback : c\’est l\’information en retour de l\’état, il met en évidence la logique d’autorégulation du système.
 Le Modèle Shannon et Weaver (1949)
C\’est le modèle le plus vulgarisé à travers le monde, appelé \”la mère de tous les modèles\”. Il prend une structure linéaire unidirectionnelle, ceci a pour première de pouvoir décomposer le schéma conséquences de processus qui s\’enchaîne. Ce modèle et un prototype des modèles qui suivent le schéma canonique : Émetteur – canal – récepteur.
Sonne obédience au courant positiviste cybernétique est évidente, il met l\’accent sur la direction du flux d\’informations parmi divers boîte noire qui s\’agence selon le schéma canonique présenté

Fig. Modèle Shannon et Weaver

Source : Adapté de (Shannon et Weaver, 2018, p.9)

L\’avantage principal de ce modèle et sa simplicité. Il met en avant les acteurs de la communication. Sémiotique comment parlant il s\’agit d\’actants qui vont jouer des rôles différents au sein du processus. L\’acte on peut dire telemeter, ou même du bruit d\’où la richesse et l\’ambivalence de l\’analyse sémiotique pour décortiquer de quel modèle. De même la linéarité du modèle rappel La substance même de la sémiotique qui est le processus d\’acheminement du sens. Les actants de ce modèle seront repris ultérieurement pour détailler leur fonction et le chant de leur intervention au sein d\’un cadre sémiotique.
L\’inconvénient majeur de ce modèle est sa linéarité qui empêche tout ancrage social, ceci, a été bien évidemment repris et corrigé au sein du courant cybernétique moderne, mais le modèle de Shannon et Weaver n\’a pas hérité de cette bonification. De même la simplification hâtive du schéma, loin d\’être opérante, elle s\’avère profondément réductrice. En ce qui concerne le niveau sémantique, le modèle et dans l\’ineptie total. D\’ailleurs, l\’étude et la prise en considération du contenu sémantique est la lacune majeur qu\’on peut généraliser sur toute la pensée cybernétique (Breton, 1990).
1.2 La communication : une parenté sémiologique
La discipline sémiotique entend circonscrire tous les niveaux et les problèmes de communication. Le niveau sémantique étant bien évidemment le domaine de prédilection de la sémiotique (Labrou et Finin, 1998, p.249). Celle-ci va chercher les modes de constitution des codes et leur évolution dans le temps, les problèmes liés à la norme langagière et les phénomènes de dialectisation, comment se forment les types et les encyclopédies qui vont permettre la convenance et la communion des fonctions de production et de réception des messages. Le niveau technique concerne essentiellement la conception des variables qui vont animer le modèle, les problématiques liée au canal et les conséquences qui peuvent affecter la qualité de communication et enfin l\’homogénéisation et la systématisation du substrat sémiotique pour un traitement proportionné et isomorphe de toutes les entrées et les sorties du modèle. Le problème d\’efficacité sera traité avec la prédominance de la fonction d\’énonciation c\’est-à-dire qu\’on va plutôt viser la justesse, la grammaticale et l\’intelligibilité de l\’énoncé pour garantir un minimum de qualité sur la réception.
Les modèles et schémas sus-présentés représente des anthologies dans la tradition de schématisation communicationnelle. Bien que critiquables à maintes égards, ils ont une valeur opératoire certaine pour rendre compte des processus de transmission des messages dans des contextes et des environnements différents (Bateson, 1980). Par ailleurs, ces modèles présentent et développent différents concepts et entités sémiotique qui se répartissent différemment et dissemblablement au sein des modèles respectifs, ceux-ci jouent des rôles plus ou moins prépondérant selon la nature et la finalité du schéma. Mais dans tous les cas, ce qui est fort remarquable est l\’émergence répétée de ces invariants sémiotiques et de façon systématique dans toute la littérature relative à la modélisation de la communication. Ceci dénote de leur caractère indispensable et incontournable sur le plan pratique et théorique. Il sera donc pertinent de définir et de caractériser ces éléments sémiotiques pour mieux comprendre le fonctionnement des modèles de communication.
a. L’émetteur
Appelé aussi destinateur, il n\’est pas toujours certain que l’émetteur et une personne ayant l\’envie de transmettre une information précise. D\’ailleurs l\’émetteur peut ne pas être une personne humaine, il peut se matérialiser en une machine qui émet des signaux quelconques, une institution ou encore un groupe de personnes. Une fumée à partir de laquelle on peut présumer un feu n\’est pas émise par une personne, pas plus que le panneau routier qui n\’est pas émis par l\’agent municipal qu\’il a planté, mais pas un ensemble de personnes qui travaillent au sein de divers administrations : Gouvernementales, municipales, policières… Tout ceci pour déduire que l\’émetteur s\’apparente à une institution théorique et non à une personne physique concrète et singulière. Tout message postule un émetteur idéal, cet émetteur se trouve inscrit dans le message par le fait même que celui-ci a été émis (Klinkenberg, 2006, p.44).
b. le récepteur
Appelé aussi destinataire, fonctionne sur le même principe de l\’émetteur avec inversion de la logique. Il n\’est pas indispensable qu\’il soit une personne humaine, encore moins une personne désireuse de capter une information précise. Le récepteur peut former un groupe homogène tel le lectorat d\’un journal ou hétérogène, l\’exemple des automobilistes exposé à une affiche publicitaire. Il est donc commode de définir le récepteur comme une instance abstraite et théorique, un modèle postulé plutôt qu\’une réalité physique. Autant qu\’il existe un émetteur idéal, chaque message postule d’un récepteur idéal.
En conclusion, on déduira que émetteur et récepteur, qu’on désignera du nom collectif de partenaires, étant tous deux inscrits dans le message en tant qu’entités théoriques, une interaction se noue nécessairement entre eux à l\’intérieur du message (Klinkenberg, 2006, p.45).
c. Le référent
Le référent, c\’est ce de quoi on parle, c\’est la chose dont on communique le sens. Dans la linguistique, c\’est ce à quoi le signe renvoie. Ce à qui on se réfère. En tant que référence, il est extérieur à la chose pour laquelle il se rapporte. Dans la conception binaire du signe ou \” le signe linguistique unit, non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique\” (De Saussure, 1971, p.98) oblige à démêler entre, la fonction référentielle qui est le régime de la dénotation, et le principe général de signification qui peut fonctionner sur la dénotation ou la connotation. Notons que la dénotation et une structure contingente, si je dessine ou je dis un /arbre/ ceci doit faire référence à \”L\’ARBRE\” dans son tout aux arbres existants, C\’est-à-dire, que bien le signe paraît ici comme occurrent, le référent ne l\’ai pas, il n\’est pas présent ici et maintenant. Dès lors on peut constater que la dénotation est un régime plus rare et moins introuvable qu\’on ne croit. Le référent n\’est pas forcément une chose physique, réelle ou palpable, on peut aisément parler d\’animaux mythiques ou peindre des extraterrestres sans que l\’on n\’ait sous les yeux ou dans la tête une référence réelle, les auteurs de livres et de romans peuvent faire aussi appel à des personnages et des lieux inexistants. Le référent peut se concrétiser par une pensée, une attitude, un ordre, une interrogation, une volonté…
Ainsi définie, la notion de référent pose des problèmes importants sur des niveaux méthodologiques et aussi philosophiques. Cette problématique tiens au fait que la chose qui va devenir référent dans le processus de communication est elle-même incommunicable telle quelle (Galantucci, 2009). Pour faire partager le sens le plus trivial, celui de \”chaise\” par exemple on doit utiliser divers instruments sémiotiques : Montrer le dessin d\’une /chaise/, prononcer le mot /chaise/ ou montrer du doigt- un geste extrêmement codé- une /chaise/… Tout ceci pose problème : Pour appréhender une chose, il faut que des signes transportables soient mis en œuvre pour la communiquer sinon il sera impossible de traiter d\’un concept aussi simple que la chaise. C’est le problème récurrent du rapport que les signes entretiennent avec la réalité. Celle-ci a-t-elle une existence à nos yeux parce que seuls les signes nous permettent de l\’appréhender, où les signes sont-ils élaborés par nos cultures parce que la réalité les précède\” (Klinkinberg, 2006, p. 47). Cette difficulté de conceptualisation du référent sera répercutée sur tout le processus de signification, qui, comme on le verra ultérieurement, sera sujet à différentes fluctuations.
d. le canal
En une première approximation, disons que c\’est la voie matériel qui permet la transmission du message (papier, vois, main…), c\’est le support physique de l\’information véhiculée. Sur un plan physique, il s\’agit d’ondes sonores, ou de radiations chromatiques captées par la rétine pour la vision, en ce qui concerne l\’odorat, ce sont des molécules qui impressionnent des terminaisons nerveuses nasales, pour le toucher ou le tact, il s\’agit d\’une différence de pression ou de chaleur s\’exerçant sur la peau. Toutes ces stimulations vont être guidées vers notre système nerveux central à l\’aide d\’un support physique formant le canal. Ce que l\’on entend donc par canal va être organisé autour d’une triple réalité (Klinkenberg, 2006). D\’une part c\’est l\’ensemble des stimuli qu\’on a décrit et qui vont dépendre du support qui va les transporter (le papier par exemple pour la vision, l’air pour le cas des ondes sonores, une surface quelconque pour le tact, un aliment pour le goût…). Mais le canal sera aussi intimement constitué par les attributs et les particularités de l\’appareil qui va les émettre, également et logiquement par les attributs et les particularités de l\’appareil qui va le recevoir. Ces trois constituants du canal vont configurer et paramétrer le message qui ne peut fonctionner qu\’à une palette réduite de manifestations physiques données : L’ouïe humaine ne peut pas détecter les sons faibles ou les ultrasons, de même que l’œil humain n’aperçoit que sur un intervalle bien défini de longueur d\’onde, il est dans l\’incapacité de voir les ultraviolets par exemple. Les appareils transmetteur ne vont donc pas émettre cette gamme de phénomènes que les appareils récepteurs ne peuvent pas capté ou balayer. On se trouve ici, dans les premières marches d’un grand principe de communication, celui de l\’isomorphisme. Il se limite ici dans l\’aspect matériel et physique du message émis/reçu, par ailleurs ce principe est évidemment plus vaste, il couvre le contenu du message et touche le fond de la communication. Les codes sémiotiques qui vont se concevoir et s\’organiser autour du canal vont différer profondément pour s’y adapter à sa nature et ses exigences. Le canal visuel permet de traiter beaucoup plus d\’informations que le canal auditif, il autorise donc une discrimination plus fine sur le plan quantitatif et qualitatif, ce qui en fait une sémiotique privilégiée pour les discours chargés d\’information et qui n\’ont pas un caractère d\’essentialité ou d\’empressement tel le discours publicitaire.
e. Le code
Le code est une série de règles qui permettent d\’attribuer une signification aux éléments du message et donc à celui-ci (klinkinberg, 2006, p.49). On a vu plus haut que l\’ensemble des stimuli était guidé vers nos sens. Le système nerveux central a pour tâche de déchiffrer ces stimulations grâce à certaines compétences. Le code est l\’ensemble de ces compétences et ses programmes de traduction et de décryptage de ces stimulation (Kinsel et Denton, 1968, p.149). Le code va donc instaurer une interface entre le stimulus, à l\’origine dépourvue de sens, et son référent : \”c\’est une structure où vient se nouer une relation entre une portion d\’expériences sensibles et une portion du monde connaissable, relation qu’on nomme signification. Le code transforme ainsi la portion d\’expérience sensible en signe et la portion du monde en référent\” (klinkinberg, 2006, p.49). Une communication idéale suppose, normalement, que l\’émetteur et le récepteur disposent du même code, or cette situation est une utopie qu\’on ne trouve que dans le cadre d\’une communication entre machines (ex: Capteur et son thermostat). Dans le monde réel, et en rigueur de termes, le mot \”code\” doit être mis au pluriel puisque, dans les faits on n’obtient jamais une superposition parfaite des codes (Rastier, 1974), cependant il est perspicace de remarquer qu\’une superposition parfaite des codes peut tuer la communication. En effet celle-ci va servir essentiellement à échanger avec autrui une connaissance qu\’ils n\’ont pas, créer des sentiments et des consciences qu\’ils ne pressentent pas. Bref la communication va altérer, façonner et renouveler les données et les informations dont le destinataire disposait, elle va par conséquence réorganiser et réformer son code. De plus, force est de constater que dans un même discours, aussi petit soit-il, divers codes peuvent être mobilisés, dans n\’importe quel entretien mondain entre deux personnes ou plus, la langue, le geste, le rictus, le sourire, les sifflements … Viennent pour actualiser la conversation et la chargér d\’informations nouvelles issues de plusieurs codes et plusieurs sémiotique. Dans une affiche publicitaire, le sens de l\’image est fortement affecté par celui de la phrase. Images et phrases mobilisent deux codes différents. Ainsi l\’affiche publicitaire semble réunir un entrelacs de codes qui concourent à lui donner sens. Enfin, troisième caractéristiques du code, et non des moindres, c’est que contrairement à l\’illusion de précision et d\’objectivité que peut véhiculer le mot \”code\”, celui-ci n’a pas ce caractère de netteté , d\’évidence et de certitude qui renvoient à certains codes très formalisés tel \”le code de la route\”. Le code n\’est pas un répertoire figé de significations ou, à chaque manifestation d\’un signe correspond rigoureusement un et un seul sens. Les codes sont généralement imprécis, faibles et provisoires (Farace et Rogers, 2006).

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