La Fabrication du consentement

La fabrication du consentement est un livre politique écrit par Noam Chomsky et Edward S. Herman en 1988. Noam Chomsky est un linguiste américain avec des intérêts portant sur la psychologie, la philosophie et la politique. Il a écrit plusieurs autres ouvrages qui critiquent les élites et les pensées dominantes que l’on retrouve dans les milieux intellectuels. Edward S. Herman, quant à lui, est un économiste américain qui s’intéresse aussi à l’instrumentalisation des politiques. Il a aussi publié plusieurs ouvrages dans la même lignée que la fabrication du consentement. Ainsi la politique et l’économie sont au cœur de cet essai. Dans un premier temps, les auteurs présentent un modèle de propagande qui se retrouvent dans les médias de masse, en particulier aux États-Unis. Dans un deuxième temps, les auteurs illustrent ce modèle de propagande au travers de différentes situations internationales couvertes par ces médias en question. La thèse portant sur le modèle de propagande se redécoupe en cinq filtres d’autocensure : la dimension économique du média, la publicité, les sources officielles, les pressions extérieures, les idéologies de la société comme le communisme. Les exemples présentés seront toutes en lien avec les États-Unis, puisque c’est à partir de ce pays que les auteurs ont concentré leur enquête.

La thèse du modèle de propagande découle donc de ces cinq filtres que nous aborderons plus spécifiquement dans les prochains paragraphes. Tout d’abord, la dimension économique du média consiste à la relation entre les médias et leurs investisseurs. Ces investisseurs permettent entre autres aux médias de continuer de produire des nouvelles avec l’apport en revenu qu’ils fournissent. Toutefois, cette contribution monétaire influence le contenu produit par ces médias, puisque la lignée éditoriale et même les articles publiés ont intérêt à suivre la ligne de pensée des actionnaires. En effet, les journalistes doivent garder en tête lorsqu’ils écrivent leurs articles que d’écrire un article qui critiquent ces investisseurs pourraient impacter leurs revenues monétaires. De plus, la taille des médias affecte la quantité d’actionnaires prêts à investir dans le média. Ainsi, plus la taille du média est importante, plus elle attire des investisseurs. Cela a aussi comme résultat que ces médias se comportent comme des entreprises dirigées par des élites très riches qui ont leur mot à dire sur le contenu produit. Il y a donc une autocensure de la part des journalistes qui cherchent à ne pas contrarier ces investisseurs. Puis, il y a une censure de la part de ces investisseurs qui ne permettraient pas la publication d’un article les critiquant.

Dans cette même lignée d’idée, les revenues des médias proviennent aussi des publicités. Il est très difficile pour des compagnies médiatiques de survivre sans l’apport financier des publicités. Ainsi, tout comme les investisseurs, ces compagnies de publicités affectent aussi le contenu produit par les journalistes. Puisque cette source de revenue est la plus rentable pour les entreprises médiatiques, les journalistes s’autocensurent pour ne pas se mettre les compagnies de publicités à dos.

Un autre élément qui affecte le contenu publié par les grandes entreprises médiatiques est celle de la provenance des sources officielles. Les sources prisées par les journalistes sont pour la plupart produites par les grandes entreprises ou des gouvernement mondiaux. Ainsi, ces-derniers peuvent décider à qui ils accordent l’accès à ces sources. Il y a donc là aussi un travail d’autocensure fait par les journalistes afin de ne pas se faire bloquer l’accès à ces grosses sources d’informations.

Les journalistes doivent aussi prendre en compte la réception qui sera faites de leurs articles. Ainsi, des réactions négatives peuvent engendrer des poursuites judiciaires qui peuvent rapidement devenir coûteuse en temps et en argent. Ainsi, la crainte d’une poursuite, peut faire en sorte que le journaliste autocensure son opinion ou les éléments qu’ils présentent dans son article, afin de ne pas avoir à répondre aux organismes qui se spécifient dans ce domaine. Par ailleurs, les actionnaires peuvent décider de cesser leurs investissements, si cette situation se répète fréquemment.

Il y aussi les courants idéologiques qui influencent ce que les journalistes écrivent. Puisque le livre fut écrit durant la Guerre Froide, l’exemple utilisé par les auteurs est donc le communisme. Derrière cette idéologie, les journalistes peuvent donc rallier l’opinion publique contre un ennemi commun. Ainsi, on voit au travers de la guerre du Vietnam, le processus de désinformation des médias. Les médias présentent par moment les raisons de cette rentrée en guerre comme un acte d’altruisme, alors que par moment on peut comprendre que c’est plutôt l’anticommunisme qui motive l’entrée en guerre des États-Unis au Viêtnam. Ce sentiment anticommunisme se retrouve également lors de la couverture médiatique de la tentative d’assassinat du pape. En effet, on pointe alors du doit le KGB et la Bulgarie comme responsable de l’attentat, renforçant ainsi le sentiment d’anticommunisme chez les américains.

En plus des cinq filtres on remarque aussi des éléments de désinformations récurrents dans ces mêmes médias. Ces éléments de désinformations se sont vus par rapport à la présentation des victimes qui sont séparé en deux catégories. Celles qui méritent d’avoir une couverture médiatique, et celles qui ne le méritent pas. Par ailleurs, un autre élément de désinformation récurrent s’est vu au travers de la présentation des tenues d’élections dans des pays alliés par rapport à des pays qui ne partageaient pas les mêmes politiques que les États-Unis. De plus, un peu comme dans la présentation des victimes, on a vu une forme de désinformation face aux responsables de crimes, comme une tentative d’assassinat contre le Pape. Finalement, au travers de nombreuses guerres dans lesquelles les États-Unis se sont impliqués, on a aperçu une dissidence entre les raisons évoquées par le gouvernement et les médias.

Ainsi, il y a l’aspect des victimes qui « méritent » une couverture médiatique versus celles qui ne le « méritent » pas. Au travers de leur essai, les auteurs nous démontrent au travers de plusieurs exemples, comment les médias ont couverts certaines situations similaires de façons très variées. Il y a donc l’aspect quantitatif de cette recherche qui évalue le nombre de journaux qui ont couvert deux situations similiaires. En effet, on prend l’exemple d’un prêtre polonais, Jerzy Popieluszko, qui s’est fait assassiner par la police d’état communiste, par rapport à un représentant religieux du Salvador qui s’est aussi fait assassiner par la police. Toutefois, dans le cas du prêtre polonais, une grande proportion de médias américains a couvert la nouvelle. Alors que l’assassinat du prêtre salvadorien a très peu été couvert par les médias et même pas du tout par certains médias qui avaient pourtant couvert le meurtre du prêtre polonais. Par ailleurs, il y a l’aspect qualitatif, Dans le cas de Jerzy Popielusko, ils ont partagé beaucoup de détails sur l’assassinat, humanisant ainsi le prêtre polonais et provoquant ainsi la colère du public contre cette police communiste. Les détails présentés par les journalistes lors de la couverture du prêtre salvadorien étaient plutôt vague et généraux provoquant ainsi peu d’émoi dans la population. L’opinion du public était donc plus détachée de cet assassinat puisque la nouvelle était présentée de façon plutôt détachée et ne figurait pas dans les pages couvertures ou dans les éditoriaux du journal, tandis que la nouvelle du prêtre polonais figurait dans les éditoriaux et première page. Les médias jouent donc avec l’émotion du public, choisissant quelle histoire doit être lu, ou encore quelle histoire détournera l’attention de la population d’un autre enjeu.

Par ailleurs, la couverture médiatique des tenues d’élection en Amérique latine comprenne de grande disparité. L’exemple du Guatemala, le Salvador et le Nicaragua. Alors que les deux premiers étaient représentés comme des élections libres et honnêtes, celles du Nicaragua étaient selon ces mêmes médias anti-démocratique. Alors que dans les faits, le Guatemala et le Salvador portaient au pouvoir des dictateurs extrême, on réalise que le Nicaragua proposait une démocratie plutôt libre d’expression et de réunion, de la presse, d’organisation, de fonder des partis politiques, de présenter des candidats et de mener campagne et finalement l’absence de terrorisme d’État et d’un climat de peur. Bref, tous les éléments qui caractérisent une démocratie que l’on retrouvait au Nicaragua, mais pas au Guatemala et le Salvador. Alors comment expliquer que les médias américains présentaient l’opposé? La réponse se retrouvait dans les divergences idéologiques dans les politiques américaines et celles du Nicaragua.

En conclusion, au travers de ce modèle de propagande, on ne peut s’empêcher de remarquer la corrélation entre les écrits médiatiques et les idéologies des élites. En effet, il devient inquiétant de constater le degré de désinformation que l’on retrouve dans les médias de masse et la servitude de ceux-ci fasse au financement des investisseurs. Ainsi, lorsque l’on analyse les médias, il devient inquiétant de voir l’homogénéité des entreprises ou des individus possédants ou investissant dans les médias québécois. On dit que les médias doivent être indépendant et qu’ils servent la démocratie. Toutefois, lorsque l’on observe ces cinq filtres, il apparait difficile de concevoir que ces médias sont indépendants. Ainsi, au lieu de servir la démocratie, ils semblent plutôt servir l’élite démocratique. Par ailleurs, on en vient à se demander si les médias exercent leur liberté d’expression, lorsqu’ils sont régis par autant d’individus dictant les limites dans lesquelles il est permis de produire de l’information. Enfin, ce qui ressort de ce modèle est la place de l’auditeur dans les préoccupations des journalistes lorsqu’ils produisent leurs articles. On voit que les élites, les compagnies de publicité et les actionnaires sont d’abord le public cible de ces médias, puis la population générale. Au travers de ces méthodes de désinformations, on remarque trois moyens que la presse entreprend afin de filtrer l’information transmise. Ainsi, en présentant leurs sources comme légitime, en distrayant la population de certaines situations et en fabriquant les émotions véhiculées par leurs articles, les médias arrivent ainsi à fabriquer le consentement.

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