John Szarkowski

En 1962 John Szarkowski préside les grandes expositions et devient le conservateur de la
photographie au MOMA (musée d’art moderne de New York).
L’Amérique célébrait l’image fixe comme un art. L’exposition « New Documents » a marqué cette
période d’une nouvelle approche du style documentaire en l’allient à la photographie d’auteur. Trois
photographes présenteront leur travail : Lee Friedlander, Gary Winogrand et Diane Arbus.
Ils ont en commun une sympathie pour les personnes rejetées par la société américaine, ils capturent
dans leur appareil une société désabusée et les êtres dit « imparfaits », loin du rêve américain.
Avant cela, tous les photographes élaboraient des stratégies leur permettant de garder leur
distance avec leurs sujets et de préserver leur indifférence, convaincus, en leur qualité de
photographe documentaire, que la seule archive légitime était celle dans laquelle eux mêmes ne
semblaient jouer aucun rôle.
A l’inverse, Diane Arbus recherchait l’acuité de la rencontre directe et personnelle. « Pour moi le sujet
est toujours plus important que l’image et plus compliqué ».
John Szarkowski écrit dans le préface du catalogue New documents : « Au cours des dix dernières
années, une nouvelle génération de photographes a donné un sens plus personnel à cette
approche documentaire. Leur but n’est plus de réformer la vie mais de la connaître. Leur travail trahit
une sympathie– presque une empathie – pour les imperfections et les fragilités de la société. Ils
apprécient le monde réel, en dépit de ses horreurs, comme la source de tous les émerveillements, de
toutes les fascinations et de toutes les valeurs, et ne le trouvent pas moins précieux parce qu’il est
irrationnel. Cette exposition montre un certain nombre d’images de trois photographes appartenant à
cette génération. Ce qui les réunit, ce n’est pas un style ou une sensibilité, car chacun a un sens
personnel et distinct de la photographie et du monde. »2
Présentation du travail du photographe :
Diane Arbus (New York, 1923-1971)
Née à New York le 14 mars 1923, elle fait parti d’une famille de commerçants aisés.
Diane commence la photographie avec son mari, en tant qu’assistante, ils possèdent et travaillent
dans un studio et un magasin de mode.
En 1956, elle prend des cours avec Lisette Model, qui devient une source d’inspiration, un exemple.
C’est alors, que Diane se lance dans un travail plus personnel. Cette même année, elle rompt avec
son mari.
Elle gagnait sa vie en freelance dans la presse pour les magazines plus prestigieux de l’époque :
Harper’s Bazaar, Esquire, le New York Times, Show. Elle réalisait des portraits sur commande et
quelques reportages. Son style « antiglamour » abrupt et franc y était apprécié.
2Préface du catalogue New documents, New York, MoMA, 1967.
Elle est deux fois lauréate de la fondation Guggenheim (en 1963 et en 1967), elle obtient des
bourses pour son projet sur les « American Rites, Manners and Customs » (« Rites, manières et
coutumes d’Amérique »).
En 1967, certaines de ses photos seront présentées lors de l’exposition « New Document » au
MOMA. Son travail se distinguant du reportage. C’est une photographie documentaire qui laisse
place à un genre artistique propre.
L’exposition regroupait trente clichés. Cette exposition va attirer plus d’un regard sur son travail et va
l’élever au rang des grands photographes du moment.
Les photographies de Diane interrogent le rapport de la photographie à la notion de document, en
remettant en cause l’objectivité du photographe et de la photographie.
En 1966, elle contracte une hépatite, qui aurait eu des effets aggravants sur sa dépression et donc
son suicide quelques années plus tard.
Diane Arbus est une figure mythique de la photographie dite « documentaire », ses images ont
souvent choqué par leur réalisme, leur pureté et leur thématique. Elle a une volonté de nous montrer
une Amérique qui rend malade, l’Amérique des « freacks », celle qui dérange, elle photographie des
montres comme des personnes dites normales et à l’inverse, photographie des sujets d’apparence
ordinaire mais dans une posture inquiétante et étrange. Chaque différence est aussi une
ressemblance. Il y a quelque chose de tabou dans son désir de fixer un quotidien trivial. Elle
photographiait ses sujets frontalement et au milieu du cadre, Ils étaient tous capturés de la même
manière, comme typographiés à la manière de August Sander, créant une uniformité d’un monde
aliéné et particulier. Son style photographique se trouve dans le choix de ses sujets.
Elle voulait que ses sujets fussent conscients, ils regardent directement l’objectif en posant
frontalement, se révélant tout entier devant l’appareil, bien que ce soit bien souvent des personnes
qui se terrent face à la peur du regard de l’autre. Mais dans ses photos, ils posent fièrement et tels
qu’ils sont. Leurs expressions sont le reflet de la sympathie et la confiance que Diane observe à leur
égard.
« Pour moi, le sujet de l’image est toujours plus important que l’image, et plus complexe. J’éprouve un
certain sentiment pour la photo mais ce n’est pas un sentiment sacré. Je pense que ce qu’elle est
vraiment, c’est ce dont elle parle. Il faut que ce soit une photo de quelque chose. Et ce dont elle
parle est toujours plus remarquable que ce qu’elle est. »3
« Il y a et il y aura un nombre infini de choses sur terre. Des individus tous différents, souhaitant tous
des choses différentes, connaissant et aimant tous des choses différentes, ayant tous une apparence
différente. Tout ce qui a été sur terre a été sur terre, a été différent de toutes les autres choses. C’est
ce que j’aime : la différence, le caractère unique de toute chose et l’importance de la vie… Je vois
quelque chose qui semble merveilleux ; je vois le divin dans des choses ordinaires. »4
3Diane Arbus, New York, Aperture, 1972.
4Dissertation sur Platon, séminaire d’anglais, FieldstonSchool, 28 novembre 1939.
Elle tisse un lien particulier entre elle et le sujet grâce à l’appareil photographique et nous implique
dans une scène, une approche intime. Son regard et son objectif captaient de la compassion, de
l’empathie, une curiosité inépuisable pour ses sujets.
Diane Arbus trouve son inspiration en sillonnant la plupart du temps les rues de New York. Son travail
de recherche et de ténacité est en quelque sorte une Anthropologue urbaine : portraits d’enfants,
de couples, de travestis, de nudistes, de familles, de célébrités… Ses portraits sont avant tout une
allégorie de l’existence humaine, entre apparence et identité.
Ses photographies remettent en question ce que nous pensions savoir de l’identité, du
genre, de l’origine, de l’apparence et des distinctions entre l’artifice et la réalité.
Présentation de l’image:
L’enfant avec une grenade en plastique dans Central Park a une expression déconcertante. Il est
crispé, agacé … son visage est métamorphosé.
La scène se passe en extérieur, sur la voie publique. On assiste à la rencontre entre cet enfant jouant
dans un parc et la photographe.
Comme tous les autres clichés connus de Diane Abus, la photo est dépourvue de couleurs. L’image
est à peine texturée, elle est claire, sans grain, avec une grande netteté sur le sujet. Ce dernier se
détache du fond grâce au travail formel des contrastes entre les noirs et blancs.
L’éclairage naturel, entrant dans le cadre par la droite, met en avant le visage de l’enfant tandis que
la source lumineuse provenant du fond vient frapper le dos du jeune homme et irradie une clarté
diffuse, isolant ainsi la figure de l’enfant.
Le plan général offre une vision intégrale du sujet et de la scène. Le jeune garçon est figé devant
l’objectif de Diane Abus, on le voit de la tête aux pieds, on devine aisément dans quel décor il
s’inscrit sans l’aide de la légende, même si le fond n’est pas aussi net que le référent.
En ce qui concerne l’angle de la prise de vue, on constate une légère plongée, pour la simple et
bonne raison que la photographe est plus grande que l’enfant. Diane Arbus signe ainsi sa présence
physique dans cette photo.
La mise au point nette, de la silhouette de l’enfant, contraste avec le flou de la scène qui se produit
derrière celui ci, apportant ainsi une intensité et une singularité à sa propre figure. Le corps de
l’enfant est restreint et enfermé dans cet espace. Ce rendu est soutenu par les quelques lignes de
perspectives qui nous renvoient au sujet central et au format carré de la photographie.
Hormis les aspects techniques de la photo, celle-ci transmet beaucoup de sensations et de
questionnements sur la figure de l’enfant, son insouciance remise en cause par la dureté du geste, la
folie de son regard. Le spectateur est en droit de ressentir de la peur face à ce petit être
grandissant de folie aux intentions monstrueuses.
Même si pour certain, la grimace de l’enfant peut nous sembler plus comique qu’effrayante. On ne sait
plus quoi ressentir devant cette scène pourtant si familière d’un enfant jouant dans un parc.
Il est rude de voir un enfant jouer avec un objet qui rappelle la guerre, le chaos. Son corps est crispé,
comme possédé. Il y a une folie dans ses yeux, une expression inquiétante.
Les photographies de Diane Arbus offrent une large possibilité d’interprétations et donnent à l’image
un caractère subjectif de la part du photographe lui même mais aussi au spectateur.
Cet enfant a pour nom Colin Wood, nous connaissons son identité grâce à un témoignage qu’il a
donné sur cette photographie dans le documentaire de la BBC \”The Genius of Photography\”.
Comme on peut le voir dans la planche contacte (ci dessous), Diane traquait Colin dans le but de
trouver le bon angle de vue. Après avoir pris la pose plusieurs fois, l’enfant se crispe et lui demande
« Tu vas prendre ta photo ? »
Conclusion :
L’apparence que Diane choisi de nous révéler de cet enfant est en accord avec tout son travail sur
sa quête de l’identité peut conventionnelle. En effet, cette photo nous impacte, nous interpelle, elle
ne nous laisse pas indifférent, elle intrigue, l’expression de cet enfant nous saisie et nous glace d’effroi.
Il s’opère une réelle différence entre l’innocence que représente le moment de l’enfance et la dureté
de ses bras crispés sur ce jouet de guerre. Son corps meurtri et son visage grimaçant de folie pourrait
nous laisser croire qu’il ne s’agit peut être pas d’une grenade factice.

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